lapidairerie

La taille des pierres était pratiquée sur le plateau de Sepmoncel où la pénétration de cette industrie date de 1750 env.
La lapidairerie se répandit petit a petit dans la région avoisinant de Septmoncel; elle gagna les Moussières, la Pesse où il n’y avait encore que 4 lapidaires en 1860,puis les Bouchoux,etc…
Ce nouveau genre de travail a sauvé la haute montagne; il a ralenti et enrayé le dépeuplement du pays.
On travaillait plus de 8 heures par jour, et le soir, à la lueur pale de la vieille lampe a huile, le croésu, suspendu a une crémaillère en bois fixée au plafond.
Les roues de Lapidaires:
Roue de fer : au grès et a l’ émeri pour ébauches
        de cuivre: pour polir
        d’ etain : pour polir
        de plomb à l’ émeri: pour tailler
        de bois d’ aulne : pour ponçer et aviver
        de pierre : pour tailler
        de buffle : pour aviver et polir
        de feutre :        idem
        de drap :          idem
        de peau :         idem
        de bois de saule : pour adoucir
        de cuivre rouge : pour tailler a l ‘émeri
        de cuivre jaune : pour tailler a la poudre
        de fer :              idem
        d’ étain mélangé : pour polir

Tailles des pierres Fines

Toutes la pierre orientale se taille sur une roue de cuivre jaune diamantée (avec poudre de diamant) ou sur une roue de plomb à l’ émeri. Elle se polit sur une roue de cuivre rouge préalablement broutée (hachure). Cette hachure se fait au moyen d’ une lame d’ acier , après quoi on l’ imbibe de tripoli blanc et d’ eau. Quelquefois pour certaines pierres on est obligé d’ avoir recours à l’ acide sulfurique et au tripoli; l’ acide ou l’ eau mêlée au tripoli s’ étale sur la roue au moyen d’ une spatule ou palette en bois blanc.
Les faces supérieures (tables) se polissent de trois manières différentes à savoir: sur le bâton à cimenter, debout; sur le même bâton, étant penchées; à la main, sans bâton, mais garnies de ciment, afin de pouvoir les tenir.
Excepté le diamant, l ‘ émeri use toutes les pierres et les métaux. Les anciens Lapidaires l’ utilisait sur une meule de plomb, car il offre des avantages supérieurs sur toutes espèce de meule, soit en grès ou autres quelles quelles soient, parce que par sa mollesse le plomb s’ unit parfaitement avec cet ingrédient, qui le pénètre facilement et s’ init avec lui.
On se sert, dans certain cas, de la roue de cuivre avec l’ émeri, mais l’ émeri glisse et ne reste pas sur la roue.
Toutes les pierres ordinaires, celles qui ne sont pas orientales, se taillent sur la roue de plomb avec l’ émeri et l’ eau simple, projetée et étalé par le moyen d’ un pinceau fait en soie de sanglier, et l’ on adoucit encore les parties en cabochon sur roue de bois avec de la potée d’ émeri, ou de l’ émeri très fin et de l’ eau, ces pierres se polissent également sur la meule de cuivre.
Les tables et cabochons se ponçent et s’ avivent sur la roue d’ étain, ou sur le bois a la potée d’ étain. Celles ces pierres fines se font sur la roue de cuivre ou d’ étain. Les autres pierres les jaspes, les agathes, les onyx, la sardoine, les cornalines etc… se taillent de la même manière que les autres pierres avec le plomb et se polissent sur cuivre, l’ étain et le bois , et on les avives sur les memes roues; si l’ on y fait des façettes ou des biseaux on doit les polir sur la roue de cuivre.
Les opales , les  turquoises , la malachite etc… se poncent et s’ avive sur le buffle ou sur le drap avec le tripoli, la terre pourri, ou le rouge mouillé.
 
Poudre de diamant :
Pour faire de la poudre de diamant à sec, on le pile dans un mortier en acier fondu dont l’ ouverture est de la grosseur d’ une balle de fusil et la profondeur de cinquante millimètres environ, le pilon est également d’ acier fondu trempé.
Ainsi donc , on met le diamant dans le mortier, et pour le réduire, on se sert d’ un marteau, et lorsqu’ il est bien pilé en ayant soin de faire tourner et de lever le pilon de temps à autre, afin que la poudre retombe dans le cul de poule, le mortier devant avoir cette forme; on rode ensuite la poudre qui est dans ce mortier avec le pilon, en tournant et en appuyant de toutes ses forces afin de rendre bien fine; dès qu’ elle est bien réduite, on la retire soigneusement en la mettant dans un petit vaisseau, ou du papier et on la conserve ainsi pour s’ en servir, soit telle qu’ elle est, soit avec un peu d’ huile ou d’ essence. Lorsque l’ on s’ est servi de la poudre pour le travail, il faut toujours couvrir le vase.
La poudre faite de cette manière, on peut même s’ en servir avec de l’ eau ou du vinaigre, s’ il était nécessaire.
Toute la poudre faite employée par profusion et surtout avec de l’ huile, fait considérablement de boue et empêche de voir le travail, il faut donc autant que possible éviter d’ employer trop d’ huile.
 
Les lapidaires (Historique)
On pense que la taille des pierres précieuses est apparue à Saint-Claude vers 1750. Pourtant dès le XIV e siècle les habitants de Septmoncel taillaient les pierres vraies et fausses pour les bijoutiers et horlogers de Genève.
Une autre thèse indique que l’ industrie lapidaire installée a Genève vers 1290 émigra en partie vers Neuchatel et en partie vers le jura au XVIe.
Au milieu du XVIe de nombreux horlogers catholiques fuient la persécution protestante à Genève et viennent s’ installer à Septmoncel pour tailler les rubis des montres. Un grand voyageur Tavernier avait ramené d’ Orient des bijoux qui furent copiés par les artisans suisses et du pays de Gex.
On raconte aussi qu’ un nommé Joseph Guignard originaire du sentier, parti apprendre le lapidaire dans le pays de Gex revint chez lui et développa le métier dans son pays.
Autre version chère aux jurassiens. Un certain Michaud, habitant les Thoramy au-dessus de la combe du lac de lamoura vers 1735 eut l’ idée de façonner de minuscules pierre dures percées d’ un trou, les contre-pivots, dont se servaient les horlogers. Avec un tour de son invention il façonna finement ces pierres dont les facettes jouant avec la lumière intéressèrent les bijoutiers. La lapidairerie était née …..
A la fin du 18e les tailleries commencent a exporter leurs produit vers Paris grâce a Gauthier-Clerc et Dalloz-Furet. Pierre Hubert Lançon se montre un des meilleurs lapidaires du moment et taille les premiers brillants à 32 façettes.
Les ateliers se développèrent dans le Haut- Jura, les communes voisines de l’ Ain et à Morez jusqu’ en 1813 date à laquelle l’ horlogerie s’ implanta.
En 1825 il y avait 1000 lapidaires dans la région. On commence à tailler les pierres fines.
En 1817 Chevassus-Berche ainé des Molunes commence à tailler les topazes et les améthystes. En 1820 les frères David taillèrent les premiers les rubis et les émeraudes.
De Septmoncel l’ industrie gagna les Moussières.Lajoux.La Pesse où il n’ y avait que 4 lapidaires en 1860.
On a compté jusqu’ à 950 lapidaires à Septmoncel, 350 aux Molunes, 350 à Lajoux, 450 à Lamoura.
En 1874 un lapidaire en faux gagnait 6 francs par jour alors qu’ un bon finetier se faisait de 10 à 3à francs.
Lancon établi à Paris fabriqua un stass de première qualité et fournit les lapidaires de la capitale et du haut-Jura.
En 1845 Cartier lapidaire à la Combe de Mijoux perfectionne le doublé ( association d’ une pierre fine sur un support de strass ou de verre) des artisans suisses.
Vuillermoz lapidaire à Paris et originaire des Moussières perfectionne le simili ( on donne au strass l’ éclat du diamant en garnissant la culasse de la pierre d’ une matière ( analogue au tain des glaces) recouverte de dorure)
Grossiord des Moussières allie par fusion le strass blanc et le strass coloré. J.Michaud des Molunes trouve  « l’ étincelle » en soudant une pointe rouge en verre à la culasse d’ une pierre blanche.
S.Grossiord des molunes est le premier à tailler le rubis « aggloméré ».
Le baton mécanique des lapidaires inventé en 1880 à la pesse est sans cesse amélioré par les artisans Hauts-Jurassiens jusqu’ à celui de S;Mermet-Grandfille de la Pesse.
Tout le plateau de Septmoncel, Les Molunes, Lamoura taille les pierres précieuses et les pierres fausses avant la Révolution. Le travail se fait en famille et complète les revenus de la ferme. Les jurassiens se déplacent à Paris pour écouler leurs produits, font du négoce et réalisent de belles fortunes. A côtés du travaillent a domicile il se crée des ateliers dans les villages. Celui de Lajoux appelé « la grande fabrique » a occupé jusqu’ à 200 ouvriers (contre-pivots de rubis pour montres)
A la fin du 19e la commune de Lamoura comptait 600 lapidaires sur une population de 900 habitants. Avant la guerre de 1914 ils seront 5000 dans toute la région. En reste-t-il une centaine aujourd’ hui ?
Aprés le bâton à 2 pierres, à plusieurs pierres (4, 5) viendront les meules cylindriques en cuivre garnies de poudre de diamant. Le porte-pierres comporte de 70 à 100 pierres à la fois. Chaque facette est positionnée automatiquement.
Emile Dalloz à Saint-Claude inventa un procédé pour tailler 24 et 32 facettes à la fois. Il arriva à fabriquer industriellement des milliers de pierres synthétiques par jour.
Actuellement à Septmoncel (Dalloz) en taille chaque année 12 millions, mais c’ est une goutte d’ eau face à la concurrence étrangère: La Taïlande à elle seule compte 800 000 lapidaires.
Lapidaires en 1938
 Lamoura:  CHEVASSUS, BAVOUX lucien fils
Les Moussières: BARBE Marius, DALLOZ Denis
Saint-Claude: BAVOUX Auguste, GROSSIORD Maurice, MILLET Samuel, PONCET Gaston et fils, REGAD J.Lucien, RICHARD-PERRIN, ROLLANDEZ Antide, VUILLET Frêres et BOULUD, VUILLET-JACQUEMIN, VUILLET-DEVAUX.
Mijoux: BENOIT-GONIN Charles, DURAFFOURG et Co.
Septmoncel: BENOIT-GONIN Simon, ATELIERS COOPERATIFS, DALLOZ Frères, GAUTHIER Lucas, GRUET Henri.
Arbois: BIELHER Ernest, GROSSIORD Eugène.
MOREZ: BUFFARD Félix.
Longchaumois: GRANDPERRET Ulisse.
Chézery: GODET Francisque, GROSFILLEY Ernest.
Belleydoux :GRENARD Joanny , HUMBERT Henri.
Ochiaz: EVRARD Marceau.
La Verne: JEANTET et Co.
Chaumont: PONCET Ulysse et Co.
Chavannes sur Sura: ROBIER Lucas.
Lajoux: DAVID-MISSILIER Frères.
 
Après avoir soigné les animaux et trait, le couple de paysans taillait et polissait pour le compte des ateliers de la ville ou du village ou pour les grossistes qu’ il livraient régulièrement.
L’ homme actionnait sa meule en cuivre de la main gauche par une manivelle située sur la moitié gauche de l’ établi rustique et solide à 4 pieds; de la main droite il présentait sur la meule un porte pierre (bâtonnet appelé évention) et par frottages successifs taillait la pierre facette après facette.Sa femme, en face de lui, polissait les pierres sur meule plus douce en bronze enduite d’ une poudre abrasive : le tripoli.
Saint-Louis ayant approuvé les statuts de la Corporation des compagnons orfèvres, cristalliers ou pierriers ( plus tard appelés lapidaires) est devenu naturellement le patron de cette corporation. C’ est pour cette raison que les patrons lapidaires de Septmoncel offraient le pain béni le jour de la fête patronale (Saint-Louis). Les lapidaires avaient leur propre fête le 1 er dimanche d’ août (Saint-Etienne).
                                                                    
                                                                     LE HAUT-JURA OUBLIE
                                                                         Daniel CHAMBRE           (1998)
 
 
 
 

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