Contes,Légendes et Nouvelles

Le ravin de la discorde

 

     Le ciel gris et pesant de cette fin décembre se vautre de tout son long sur la montagne, écrase la forêt qui ne peut que courber sa pauvre échine, toute transie de froid et de peur. Bien malin qui pourrait dire , à voir le ciel et la montagne aussi confusément mêlés dans ce corps à corps, lequel des deux se sent plus à l’ aise et si le souffle qui les secoue par intervalles, étrangement rauque et spasmodique comme celui d’ une bête blessée, trahit la présence de la rivière au fond de son ravin ou laisse présager l’ imminent déchainement d’ une bourrasque, telle qu’ on en voit surgir au plus fort de l’ hiver.

Certainement pas l’ Anthelme de la loge au vieux Frêne, parce qu’ il pense tout simplement à autre chose dans la tiède pénombre de sa chaumière ou encore qu’ il –     n’ éprouve pas le besoin de se poser cette question, habitué qu’ il est à ces mystérieux affrontements de la terre et du ciel. Le fait qu’ il soit né, qu’ il ait grandi et, depuis plus de soixante ans, conduit sa rude vie d’ homme des bois et de la terre au bord d’ une falaise sans cesse battue par les vents, l’ a définitivement rendu familier des colères du ciel. Et il ne saurait dire ce qui l’ émeut le plus, de l’ ouragan qui vient du nord-ouest, conduisant ces assauts par vagues blanches et glaciales ou de la foudre, quand elle déclenche, a la faveur d’ un été suffocant, sa formidable artillerie sur les parois de la montagne toute proche.

Ce qui l’ émeut peut-être d’ avantage, ce sont toutes ces rumeurs montées jusqu’ici du pays d’en bas, et que les marchands ambulants portent de ferme en ferme. Il n’est pas toujours facile de démêler le vrai du faux et l’ Anthelme de la Loge ne perd pas d’ ordinaire son temps à s’y évertuer.Mais telle ou telle nouvelle surnage si bien de ces on-dit, qu’ elle devient un fragment d’ Histoire avant  même que les gazettes du temps lui aient accordé ce privilège. Depuis ce début de l’ an 1793, la France n’a plus de roi, ni de reine non plus. La Terreur s’ installe dans le pays, gagne les campagnes les plus reculées à la manière d’ une épidémie. On donne la chasse aux aristocrates, aux ci-devant comme on les appelle. Et il arrive parfois que l’ un d’ entre eux se hasarde sur des chemins de la grande forêt du Chapuzieux, dans l’ espoir de gagner, par-delà le sillon de la Valserine et la redoutable muraille des Monts-Jura, les rives hospitalières du Léman. Le bruit a couru, ces derniers jours, qu’ une patrouille de  »bleus » a été vue à la lisière du bois, du côté de Gobet. Mais aucune des fermes qui se répondent d’ un bord à l’ autre du plateau, n’ en a été troublée dans sont train-train quotidien.

Ce soir à l’ heure ou tombe le crépuscule dont rien, dans la grisaille d’ une morne journée, n’ a daigné marqué les approches , l’ Anthelme a repris sa faction devant la grande cheminée ou le feu chante et danse. C’ est ce qu’ il fait toujours en attendant la soupe. Il a d’ abord soigneusement assuré sa chaise basse à une aspérité du carrelage. La chute qu’ il a faite, il y a quelques jours lui suffit. Puis il a calé son dos déjà vouté contre le rembourrage de paille grise. De la main gauche, il empoigne une betterave dont la partie la plus allongée se perd au milieu d’ une barba terreuse. de l’ autre, il aprête le vieux couteau qui ne le quitte guère, son  »diavet » comme il dit. Il s’ agit maintenant de débroussailler, puis de râcler minutieusement cette peau jaunâtre, tavelée de taches rouges ou striée de nervures violettes. La lueur de la flamme en accentue encore les nuances chaudes, tandis qu’ elle fait se mouvoir sur la patine des vieilles mains des reflets vaguement cuivrés, et que le jeu des ombres souligne encore la saillie des veines noueuses. Puis la lueur glisse des mains vers le visage, joue dans les poils de la barbe et de la moustache, se prend aux sourcils, revient, caresse avec une grasse enjouée le fourneau de la vieille pipe d’ ou montent, de temps à autre, les volutes d’ une fumée légère,à peine bleutée avec des touches rougeâtres, qui se dilue et s’ évanouit plus haut entre les poutres du plafond.

image0 L’ Anthelme, sans interrompre son travail, lève parfois la tête, hummant à petits coups, la bonne odeur de soupe aux pois et aux fèves, échappée de la marmite noircie, quand la vapeur en écarte le couvercle avec un tressautement qui cesse puis repart aussitôt, nerveux et amical. Et la Mélie, dans un coin de la vaste cuisine, occupée à quelque raccommodage, observe à la dérobée les gestes de son homme, le jeu mouvant de la flamme et les soubresauts de la marmite. C’ est à peine si un bruit de pas, du côté de la porte, détourne son attention. »Le Fonse, pense-t-elle. Il revient de l ‘ écurie . Il a déjà fini de changer la litière aux bêtes. On n’ a que ce garçon, c’ est vrai, mais il travaille pour deux. Et avec le Medzu – c’ est le sobriquet du domestique – la ferme est en bonne main  ». Mais le grincement qu’ elle connait bien – elle pourrait saisir, les yeux fermés, tous les battements de coeur de la vieille ferme, les dire d’ un coup, un à un, sans se tromper – le grincement ne s’ éveille point contre le mur du fond, qui transpire si bien son odeur d’ étable. Elle tourne la tête vers la porte qui donne sur le dehors. Le bruit est là, qui bouge par petit coups soudain précipités, comme ceux d’ une main qui cherche et qui s’ affole. La Mélie se lève et, sans poser son ouvrage, à pas menus marche au devant du bruit. Sitôt qu’ elle a ouvert la porte, le vent qui piétinait sur le seuil la fait un peu reculer. La flamme sursaute dans son antre. Les ombres s’ émeuvent comme si le froid du crépuscule, entré avec le vent, venait de les saisir, le froid qui saute soudain sur les épaules de l’ homme, devant sa cheminée, qui lui fait signe de regarder la porte ouverte et surtout cette silhouette immobile et silencieuse dans le rectangle gris de la neige.

La Mélie a déjà vu, déjà deviné ce qui se cache de détresse dans cette forme qui geint sous la morsure de la bise. » Venez par ici, ma bonne dame, venez. Fait un froid à n’ pas mettre un chien dehors ! ». Et la forme s’ avance dans la tiédeur de la cuisine. L’ Anthelme voit aussi: c’est une femme, qu’ il se dit. Le capuchon d’ une pélerine de grossière étoffe qui l’ enveloppe de la tête aux pieds, laisse échapper quelques mèches blondes à l’ encadrement d’ un visage jeune, à peine crispé par le froid mais tout empli de fatigue. L’ Anthelme voit les yeux surtout, des yeux d’ un bleu presque métallique, étrangement agrandis par quelque chose qui ressemble à de la peur. L’ Anthelme pressent le drame: les rumeurs qui courent par la campagne lui reviennent à l’ esprit; les comités de Salut public, le tribunal révolutionnaire, la chasse aux aristos,la guillotine…. Des gens qu’ on tue sans les juger, sans même savoir ce qu’ ils ont fait, ou simplement parce qu’ ils étaient avec le roi. On ne tue pas des gens comme ça !! Le vieux paysan, avec sa pipe, mâchonne ses idées. La femme est maintenant tout près de la cheminée. Un geste qu’ elle fait machinalement peut- être, libère les pans de la pélerine, croisés jusqu’ à ce moment-là sur le devant du corps. Sans doute veut-elle offrir à la caresse de la flamme , l’ enfant- petite chose emmitouflée- qu’ elle serre contre elle avec une tendresse inquiète. La Mélie se précipite, mains jointes:  » Ah ! le pauvre petiot ! Faut lui donner quelque chose à ce pauvret !  »,  » Pas maintenant, madamme , il dort ! Quand il s’ éveillera !  ». La jeune femme a dit ces mots d’ une voix si lasse et si faible qu’ on a peine à l’ entendre. La Mélie hoche la tête, hésite un instant, avise une chaise de paille tout près, la pousse doucement vers le foyer :  »Seyez-vous, ma bonne dame. Devez être bien fatiguée  ; seyez-vous ! J’m’en va vous préparer un grand bol de lait bien chaud !  ». Elle s’ y emploie sans perdre une minute, avec empressement qui n’ est point dans la manière de ceux de la montagne, habitués aux gestes lents. Peut être sent-elle confusément que cette hâte répond à l’ inqiétude de la jeune femme.  » elle a quelque chose à raconter, songe à part soi la Mélie, quelque chose de pas ordinaire, pour sûr ! « . » Qu’ est-ce qu’ on peut faire pour vous, ma bonne dame ? ». L’ Anthelme est sorti, pour la première fois de son silence. La Mélie le sait bien qu’ il n’ est pas causeur pour deux sous, son homme, quand il sont tous les deux. Mais à le voir retirer sa pipe d’ entre sa moustache, elle a compris tout de suite qu’ il allait parler. Du coup, la jeune femme’ réconfortée par le crépitement du feu, par la douceur des deux regards qu’ elle sent posés sur elle, par cette question qui le délivre enfin d’ un poids insupportable, raconte sa pitoyable histoire… Le réveil brutal de l’ autre nuit dans son château d’ Orbemont, les clameurs d’ une bande d’ énergumènes dont elle ne saurait dire d’ ou ils étaient venus, et puis la ruée gesticulante à la faveur de l’ obscurité, le craquement sinistre des portes q’ on enfonce. Les mots lui viennent encore de l’ ultime entrevue avec celui dont elle ne sera peut-être plus jamais la compagne fidèle : « il faut que tu partes, que tu te sauves à tout prix, que tu vives pour notre enfant !… ».

L ‘ Anthelme écoute, tapant le fourneau de sa pipe, d’ un petit geste nerveux, sur le drap usée de sa veste. Des images pêle-mêle surgissent, se bousculent dans un esprit. « Misère de nous, qu’ il se dit. Qu’ on soye pour le roi ou pur la République, c’ est pas des choses à faire, ça non ! ». Mais la femme s’ arrête. L’ angoisse agrandit encore ses yeux qui errent du foyer vers la porte, et de la porte à la fenêtre, ce méchant rectangle de nuit !

 »Monsieur, je crois qu’ ils vont venir ! Vous comprenez : il ne faut pas qu’ ils me trouvent ! Les gens qui m’ ont menée jusqu’ au hameau de Désertin, m’ ont dit : ne restez pas de ce côté ! Cherchez quelqu’ un qui vous conduise à l’ autre bout de la fôret. Là-haut on est de bon service. Vous trouverez ! Voilà! Je suis venue jusque chez vous.Mais je ne peux pas plus loin, toute seule, avec mon petit enfant… ». Les mots se pressent d’ abord, puis se traînent sur la fin, étouffés, comme les notes d’ une complainte. Pendant qu’ elle a parlé, le fils à l’ Anthelme est revenu dans la cuisine. Il s’ est d’ abord planté sur le seuil, les bras ballants, le regard un peu troublé par la surprise. L’onde de pitié autour de la femme, pareille à celle qu’ on voit sur l’ eau se développer à partir d’ un choc, s’ est agrandie jusqu’ a lui, le retourne, le pénètre soudain , le pousse vers le foyer. Le regard du fils et celui du père se rencontrent. Les deux hommes savent d’ une confuse certitude qu’ ils seront d’ accord au sur ce qu’ il faudra faire, quoi qu’ il arrive, qu’ elle sera d’ accord aussi, la vieille bâtisse, toute prête à monter la garde sur son promontoire sans cesse fouaillé par le vent du nord.

Quand au Medzu qui a suivi le fonse comme un chien docile et qui risque sa grosse tête globuleuse par l’ entrebaillement de la porte d’ écurie, lui ne sait pas. Il n’ a pas besoin de savoir. Les questions que se posent les fermiers, « nôt’ patrons » comme il dit, n’ ont sans doute jamais pu trouver réponse dans sa fruste cervelle. ça ne tire pas à conséquences fâcheuses: il fait tout bonnement ce qu’ on lui dit de faire. » Ecoute, Fonse, ça tombe à pic, que tu aies fini de soigner les bêtes. J’ voudrais que tu conduises cette dame tout droit chez le Céleste du  » Montelet ». Tu comprends ! A c’t’heure-ci les » bleus » sont peut-être en train de lui courir après. Yne faut pas qu’ ils la trouvent ! ».

Il tape encore sa pipe sur le coin de la chaise pour en faire tomber une dernière cendre. Puis prenant appui des coudes sur le genoux, l’ Anthelme se lève, un peu pesamment, comme lourdi par le poids de sa décision.

« C’ est entendu, ma brave dame, on va s’ occuper de vous tout de suite. Le Fonse va préparer le traîneau avec de la paille dans la caisse et une bonne bâche. Z’ aurez pas froid ! »

Puis il fait un geste de la main :

« Allons, seyez-vous près de la table. La Mélie a fait chauffer du lait pour vous et le petiot. Mangerez ben quelque chose avec ! »

La Mélie n’ a pas attendu pour sortir du vieux buffet les bols et assiettes. Elle s’ empresse, va et vient, toute attendrie de voir son homme se dépenser du geste et de la voix comme un capitaine qui préside à une opération de sauvetage. Et voilà : le sauvetage va prendre son départ d’ une ferme perdue, qui n’ en finit pas de raidir, à la grande houle du ciel, ses murs bardés de tavaillons, et qui maintient solidement sa barre, bien que drossée nuit et jour, sous les remous du vent.

Ce soir on dirait même qu’ elle veut se faire oublier, qu’ elle appelle à son secours tous les génies de la montagne dont elle redoute d’ ordinaire les furieux emportements. A preuve ce grand frisson qui court depuis quelques minutes sur l’ échine invisible de la forêt et, là-bas vers l’ ouest, dans les profondeur de la combe d’ Orva, ce souffle rauque, qui n’ a point cessé depuis le début de l’ après midi, mais qui monte maintenant, puissant et continu, comme celui d’ une énorme bête dont la mort exaspère les derniers soubresauts.

« Voilà que la tempête se lève, se dit l’ Anthelme. Le Fonse, y va avoir du mal ! Le vent commence à « encrêper » la neige. Mais ce sera tout bon pour effacer les traces ! »

Le FONSE, quand à lui, s’ est fait la même réflexion.  » le vent effacera les traces d’ ici au Chapuzieu. Après, j’ ai mon idée. J’ irai par la forêt, au lieu de me risquer le long de la grande falaise ». Et le Fonse se dit encore que les sapins vont se serrer les uns contre les autres, tant qu’ ils faudra, pour protéger la femme et son petit enfant. Et comme il sait que cé est Noël, ce soir, il retrouve, au plus profond de ses souvenirs, l’ image ttès belle, d’ une autr femme et d’ un autre petit enfant.

… Et le traîneau s’ en va, presque aussitôt comme englouti par ce déferlement de ciel blafard, sans arme, démuni de tout, et impuissant dans sa légèreté contre les assauts furieux de la tourmente, mais tellement lourd de ces deux vies fragiles et menacées !

L’ Anthelme et la Mélie sont restés debout quelques instants sur le seuil à regarder ce qui déjà n’ était plus visible. ET maintenant, la porte close, ils retrouvent, près de la grande cheminée, le feu clair et chantant ou se réchauffe leur espoir.

*                            *                              *

La loge du vieux frêne n’ a pas goutés longtemps la paix qui s’ établit après les grosses émotions, mais que l’ on savoure avec la crainte qu’ elle soit peut-être empoisonnée. Juste le temps pour la Mélie de mettre les assiettes, d’ y verser la bonne soupe aux fêves et aux pois, qui sent si bon, mais qui s’ est épaissie d’ avoir trop attendu, et, pour l’ Anthelme, d’ aller quérir une boule de pain et un morceau de tomme. Ils sont encore l’ un et l’ autre tellement songeurs de ce qui vient de se passer que le Medzu, les regardant,dodeline de sa grosse tête enlaidie de quelques tavelures lie de vin et marmonne dans sa moustache couleur de paille délavée  « sûr de sûr ! A l’ est pas encôr’ sorti du pétrin, la pôv’dame ! »

Quelque chose soudain vient d’ ébranler la porte du dehors. L’Anthelme croit que c’ est le vent. Quand il souffle de bise et qu’il prend toute la combe en enfilade, c’ est comme ça que ça se passe ! Et allez !C’ est un tambourinage de tavaillons contre le mur du petit four, accompagnée d’ une de ces encrêpées de neige à faire trembler tous les carreaux de la fenêtre. Mais cette fois, ça n’ est pas douteux !

« Mélie, j’ croit qu’ on a frappé. Tu veux voir ce que c’ est ? »

La Mélie se dirige vers la porte, de son pas toujours le même, puis elle s’ arrête et jette vers son homme un regard inquiet.

 » Et si c’ était des rôdeurs, ou les gendarmes, rapport à cette femme ? Y faut s’ attendre à tout, tu sais, par les temps qui courent !

-J’te dis d’ ouvrir ! J’suis là, sacredieu. On verra ben ! »

Et la Mélie ouvre la porte, tire à elle, sans hésitation, le lourd battant. Le vent pousse de l’ autre côté et lui flanque par le travers de la figure une bonne giclée de neige.

« Mon dieu, fait-elle en se retournant, toute pâle. C’ est eux ! J’ ai senti comme ça qu’ ils allaient venir ! »

La Mélie ne s’ est pas trompée. Il sont là, plantés bien droits, mains aux hanches, dans l’ encadrement de la porte. Ont voit d’ abord le triangle des bicornes ou le plumet fait une petite tache sanglante sur le gris très sombre de la neige. Le plus grand s’ est avancé d’ un pas. C’ est sans doute le chef.

« Bien l’ bonjour, citoyen, bien l’bonjour la citoyenne ! On vient peut-être un peu tard, mais que voulez-vous, on a des ordres ! »

Il a jeté un coup d’ oeil sur les assiettes d’ ou s’ exhale la bonne odeur de la soupe.

 » Le Comité de surveillance nous envoie, rapport à la ci-devant marquise d’ Orbemont – il a relu le nom sur un petit papier – qui s’ est ensauvée de chez elle et qui à été vue dans le coin, à ce qu’on nous a dit « .

L’ autre qui s’ est avancé à son tour, en remet encore :  » On a ordre de l’ arrêter, citoyenne, c’ est la loi de la République. L’a bien le droit de se défendre !

– L’ a bien l’droit, pou sûr, réplique la Mélie, mais pas d’chercher misère à des honnêtes gens comme nous ! »

L’ est pas causeur, le vieux, se dit en lui-même le plus grand des gendarmes. L’ est aussi muet q’ une porte de grange.

 » Tu n’ as pas vu cette femme, citoyen, elle n’ est pas venue pas venue par ici ?

– Qu’ est-ce qu’ elle y s’rait v’nue faire par un temps pareil, j’vous demande ! Vous mettriez un chien dehors ?

– On y est bien, nous !… Alors, c’ estt vrai, vous deux, vous n’ avez rien vu?

-Tout vrai comme on est là, pisqu’ on vous l’ dit ! »

L’ Anthelme retire sa pipe de sa bouche , la serre d’ un geste plus nerveux, l’ agite vers le haut.

-Pisqu’ on vous l’dit, cré nom d’nom !

-Possible ! On voudrait bien vous croire, mais c’ est les ordres. On va fouiller !

-Si çà vous chante ! – L’ Anthelme a dit çà sans se lever – Not’doméstique va vous préparer une lanterne. Yen a pas pour longtemps !

-Ont peut encore faire autrement ! La République est généreuse. Vous savez : une bonne prime, c’ est pas à dédaigner.

-Qu’ est-ce que ça peut nous faire, pisque j’vous dis qu’on a personne ici !

-C’ est bon, c’ est bon- il fait un signe à l’ autre- on y va. On n’a pas le temps à perdre ! »

Alors ils ont fouillé partout, visitant les armoires, les placards, la maie, la huche, le pétrin, regardant sous les lits, allant de l’ écurie à la remise, de la cave au four qui arrondit son dos contre le mur de bise. Ils n’ ont pas oublié non plus le grenier-fort, malgré la neige dont il s’ emmitoufle. Puis ils ont fini par la grange, s’ attardant un peu plus, soulevant les bottes de paille, plongeant leur sabre, à grands coups répétés, dans l’ épaisseur du foin, remuant une poussière âcre. Etla lanterne qui a promené dans tous les coins d’ ombre son rond de lumière falote se balance à nouveau dans l’ entrebaillement de la porte. L’ Anthelme et la Mélie poussent un profond soupir de soulagement. Mais il ne se doutent guère qu’ à la faveur de cette fouille, le Medzu, qui n’ ouvre jamais la bouche, à lâché cette fois quelques mots. S’ils avaient su !

Les deux gendarmes reviennent dans la cuisine. Ils ont leur plan et une petite ruse d’ abord, bien mijotée, pour ne point éveiller la méfiance du vieux :

« Ecoute ,citoyen, t’ avais raison. On ne va pas vous embêter plus longtemps. Mais tu permets que ton domestique, y nous accompagne un bout de chemin avec sa lanterne ? Comme on n’ est pas d’ ici et qu’ on ne connaît pas ce fichu pays, on n’ voudrait pas se perdre. De quoi qu’ on aurait l’ air ! Quand on sera sur la grand’route, y pourra revenir. C’ est pas le bout du monde !  »

La ruse a pris du premier coup. Et ils s’ en vont avec cette  proie qu’ il ne faut pas lâcher, poussant devant eux ce pauvre bougre comme un limier, pitoyable et veule, qui, maintenant, va les conduire sur la piste.

*                             *                               *

Les trois hommes ont pris d’ abord le chemin de la combe. Le Medzu marche en tête. A dire vrai, il n’ y a plus de chemin. La tempête, qui est maintenant tout à fait déchaînée, n’ a rien laissé subsister, même pas cette espèce de bourrelet à quoi l’ on pourrait deviner la présence d’ un passage.Il faut brasser, à pleines jambes, toute la neige accumulée sous les coups de boutoir du vent. Au bas de la petite pente, ils obliquent soudain sur la droite et remontent vers la crête du bois. Bien qu’ il leur faille s’ efforcer davantage, c’ est en fin de compte plus aisé parce que le vent les pousse dans le dos. Les <<bleus>> ont imaginé ce détour pour faire croire au vieux, comme ils disent en rigolant, au cas où il aurait guetté derrière sa vitre, le mouvement de la lanterne, qu’ ils sont bien repartis du côté d’ ou ils étaient venus. Ils sont sûrs de leur affaire à présent. S’ ils n’ étaient pas obligés de mettre les main a leur bicorne, à cause du vent, ils les frotteraient l’ une contre l’ autre, d’ abord pour se réchauffer, mais toujours dans le même ordre, ont atteint la crête. Il leur faut encore avancer d’ une centaine de pas, au-delà d’ une langue de hêtres rachitiques, pour gagner l’ endroit d’ où la falaise se déploie, tournant vers l’ ouest les vieilles gerçures de sa muraille grise. Ils n’ y sont pas sitôt arrivés que le vent se jette sur eux. Le Medzu savait bien, lui, pour y avoir souvent perçu sa longue et sauvage galopade, que le vent les guettait là. Et le vent hurle sa délectation de sentir sous ses crocs cette chair humaine, toute flasque et résignée, et il mord à pleine gueule dans le gras des mollets, s’ arcboute puissamment, s’ agrippe au drap raidi des tuniques et de la pèlerine, secoue ces pauvres loques avec une rage qui se déchaîne en longs mugissements. Le Medzu en a pourtant vu d’ autres, mais il ne comprend pas d’ abord pourquoi la <<tantare>> (c’ est comme çà qu’ il désigne les bourrasque d’ hiver, de ce mot dont, seul peut-être, il sait la provenance et garde le secret !) s’ acharne de la sorte sur eux. Il va toujours, hoquetant et ahanant, arrachant l’ une après l’ autre ses jambes appesanties, de leur carcan de neige, pour les lancer devant lui. Mais il lui semble- et cela l’ énerve- qu’ elles butent sur quelque chose à la foisde flasque et de résistant, qui se confond avec l’ obscurité de la nuit.Comme il s efforce de ramener contre lui les pans de sa pélerine, le mouvement qu’ il fait, avec la méchante complicité du vent le jette sur le talus, un peu de c^té. L’ un des gendarmes a cru qu’il essayait de se défiler. Il gueule dans la tempête:

-Ne cherche pas à nous fausser compagnie ! On t’ a à l’ oeil, tu sais !

-C’ est l’vent qui m’a foutu par terre, ce sale<<bocan>> !… Mais j’vous jure !…Où voulez-vous que j’ aille ? Peux pas retouner là-bas !

De mémoire de montagnon, le Medzu n’ avait jamais parlé aussi longtemps !

Mais la tempête emporte ses mots, avant même peut-être que les deux compères, a quelques pas de lui, en aient saisi quelque chose. Au fond, çà n’ a guère d’ importance. Ce qui compte pour eux tous, c’ est de sortir de cette ronde infernale, de gagner une zone davantage protégée de la fureur du vent, comme le naufragé qui, sur le point d’ être englouti, se vent soudain porté vers des eaux plus calmes, à l’ abri d’ une digue bienheureuse. Mais si le chemin, ou plus exactement cette bande de neige qui signale entre les fûts des arbres, tout d’ un coup se faufile sous l’ aplomb d’ un rocher, ce n’ est pas une digue, à cet endroit, qui offre à la détresse des naufragés. Il n’ y a pas de digue. Pour eux peut-être il n’ y aura plus jamais de digue ! Lui seul le gars d’ ici peut savoir, d’ instinct tout au plus, où ce chemin le méne, si perfide, la nuit par temps de neige, qu’ on l’ a nommé le chemin du Maupas. Ce soir le drôle ne sait plus ni ce qu’ il fait en ces parages. Ce soir il ne connaît que la chanson du vent. Le vent qui a paru d’ abord hésiter sur le rebord de la falaise, qui se précipite avec eux dans cette espèce de tranchée où ils ont cru, quelques instants, se sentir à l’ abri, qui les bouscule au passage. Et le Medzu l’ entend tout à côté de lui, qui essaye ses griffes sur la bosse livide d’ une coulée de glace, furette dans un taillis, tord la crinière d’ un sapin, puis se rue, avec un feulement bizarre et assourdi, vers les profondeurs de la gorge.

Mais qui donc vient de bouger par là, furtivement ? La lanterne du Medzu promène, hésitante, son rond de lumière blafarde sur le talus. Quelques ombres reculent, se sauvent prestement. La lanterne s’ affole, avance vers la gauche, revient sur la droite, retourne et recommence son manège.

-Eh l’ homme ! Qu’ est-ce qui te prend ?

-Vous avez vu ? Y a quelqu’ un qu’ a bougé par là !!!

-T’ as des lubies ! /Ce sont des arbres ! Allez, avance !

Mais le gars à l’ Anthelme, ça devient évident, n’ a plus sa tête a lui – c’ est vrai qu’ il ne l’ a jamais eue d’ aplomb sur ses épaules depuis la méningite qu’ il s’ est payée quand il était gamin – << Qu’ est-ce que j’fais là, qu’ il se dit, avec ces deux gendarmes ? Fait nuit ! ça bouge de partout ! C’ est pas vrai ! … >>. Il cherche encore. Une lueur vacille dans sa pauvre cervelle : << Le feu de la cheminée ! Comme il claire bien, ce feu ! L’ Anthelme et la Mélie, ils sont là ! J’les vois. Mais… qu’ est ce qu’ elle fait là, cette femme ? Pourquoi qu’ elle me r’garde comme ça ? Qu’est-ce que j’y ai fait ? >>

Il a passé sa main sur ses yeux. La neige qui forme aun petit tas sur le capuchon glisse entre ses doigts, saupoudre le chapeau de la lanterne avec un grésillement, qu’ on perçoit à peine. Le vent qui s’ était reculé, revient au pas de charge, et l’ infernale sarabande à nouveau se déchaîne d’ un bord à l’ autre du ravin.

Le Medzu précipite l’ allure, trébuche une fois, se relève avec un juron, repart, tombe encore, se remet sur pied, s’ affale de nouveau, Mais le voici presque aussitôt debout, planté de toute sa hauteur, qui lève sa lanterne à bras tendu, la promène en tous sens et part d’ un grand éclat de rire, lugubre et grotesque, auquel seul répond le hurlement du vent. Et comme si cet accès de démence ou de panique lui redonnait des forces, il se jette en avant vers cette espèce de trouée qui semble s’ élargir, un peu plus haut, dans une échancrure de la falaise.

Un des gendarmes se penches vers son compagnon : <<M’ est avis qu’ il n’ a plus sa raison. Regarde ! C’ est pas normal de courir comme ça !>>.

Enfin les voilà – le Medzu d’ abord, les autres à bonne distance – qui débouchent sur une sorte de crête, largement découverte. Ils ne peuvent pas s’ en rendre compte, mais ils le sentent à la poussée plus brutale du vent, à sa morsure plus vive dans le bas des jambes, à la stridence de son cri quand il pourfend quelques buissons perdus dans le brouillard. Ils se trouvent sans le savoir , hélas, à cet endroit d’ où part le versant bienveillant, par temps normal, d’ une combe ouverte sur le nord, en direction des Hautes-Molunes. Mais il n’y a pas pour le Medzu d’ échappée possible vers l’ amical crépitement d’ un feu de bois, vers le bonheur tout simple et sans histoire d’ une vieille ferme. Même si ce vent d’ hiver, devenu secourable, lui découvrait un coin de ciel égayé de quelques étoiles … Le vent n’ a pas cessé de conduire cette sarabande où chavire sa raison. Et lui, le pauvre bougre misérablement se remet à marcher, tremblant de tout son corps d’ épouvante et de froid ! Toute la forêt pousse vers lui sa plainte dans un sinistre craquement d’ os et de vertèbres. Et voici que soudain, dans la débâcle des nuages , quelque chose surgit , comme un énorme dos noir, étrangement bossué et, par dessus , le chevauchant , une forme blanche qui gesticule …

_ C’ est elle ! là! là !…

La voix de l’ homme n’ est plus qu, un cri de bête blessée à mort, lugubre et démesuré !

Le cri bouscule la lanterne, l’ éteint, bondit sur les deux gendarmes, les frappes de plein fouet ! Ils voient le corps du Medzu tressaillir brusquement , se déporter sur la droite du côté du ravin, puis, un instant suspendu, chercher a se rétablir en un moulinet désespéré, puis basculer d’ un bloc et disparaître, happé par le précipice.

Ils entendent alors comme un bruit sourd et mat, un peu en dessous d’ eux, qui paraît assez proche, suivi d’ une sorte de hurlement très bref que les rafales de la tempête éteignent aussitôt. Et puis plus rien, plus rien que la sarabande insupportable du vent et de la neige.

L’ un des deux hommes avance d’ un pas, se penche juste ce qu’ il faut pour ne pas tomber. Mais à quoi bon !

<<Tant pis pour lui. C’ est pas d’la belle besogne, ce qu’ il faisait là. Qu’ en penses-tu ?

_ Je pense comme toi. C’ est lui qui s’ est puni !

_Lui, ou autre chose !… Cette satanée tempête, tu crois qu’ elle n’ est pas contre nous ? Ma mère me répétait toujours : faut rien faire contre la nature !

_Alors on n’ a plus qu’ à rentrer ?

_ Pour sûr !

_ Et qu’ est-ce qu’ on va leur dire, à ceux du comité ?

_Qu’ on a cherché ! Qu’ on n’ a rien trouvé ! et puis qu’ c’est pas un temps à mettre un gendarme dehors !

_Et l’vieux ? On va le laisser tranquille ?

_Qu’ est-ce que tu veux qu’ on fasse ? T’ aurais fait quoi,si t’ avais été à sa place ? T ‘ aurais dit non à une femme et à un gosse ? Et puis, tu sais quel jour on est, ce soir ?

_Sais pas !

_Rappelle-toi ! Noël, ça n’te dis rien ?

_Que si !

_Alors, t’es bien d’ accord ? On rentre ! Mais on va descendre tout droit, on peut , vers le chemin du Chapuzieu. Tu comprends ! Fautbpas qu’le vieux, y nous revoie passer ! Il aura bien assez d’ émotion comme ça, quand ils viendront lui dire que son valet s’ est déroché !

_T’ as raison. Et puis on aura pas à lui apprendre qu’ un de chez lui l’ avait vendu ! Y le saura jamais ! >>

Les deux hommes risquent alors un dernier regard sur le gouffre, ou du moins sur ce qu’ ils devinent de lui et où la tempête pousse toujours son ronflement de forge.

Mais vers le nord de la combe qu’ ils remontent maintenant, ivres de fatigue et, à la fois étrangement soulagés, un peu de ciel, par une subite déchirure de la brume, semble leur faire signe.

*                                      *                                      *

Le lendemain, très tôt, un paysan de la combe d’ Orva qui s’ était avancé, peut-être par hasard, en direction de la falaise, découvrit, dans un amas de neige fraîche, ce qui restait du malheureux Medzu. D’ une gangue de glace, seule, la tête émergeait, tournée vers le haut du précipice, que le jour commençant teintait d’ un peu de rose. Les yeux grands ouverts, mais où rien ne subsistait de l’ épouvante qui, la veille au soir, les avait subitement dilatés, faisaient comme deux trous d’ ombre dans un visage étonnamment calme et détendu. La main droite, un peu crispée, mais si peu que cela pouvait paraître étrange, serrait un petit rameau de buis où scintillait une étoile de givre.

7 décembre 1974 André VUILLERMOZ

 

 

LA COMBE AUX COLCHIQUES

Quand ils quittèrent Chézery, l’ ombre des grands arbres plongeait bas dans la vallée. Elle aurait tôt fait de tout envahir , bien qu ‘ on fût à la saison où les jours commencent à s’ épanouir avec un sourir de malade qui s’ en va vers sa guérison. Ils étaient deux, un homme et un adolescent, presque un enfant.                                 L ‘homme portait blouse à la manière des montagnards. Il avait pou couvre-chef une de ces casquettes à langues boutonnées par dessus et qu’ on rabattait contre les oreilles aux jours de grand froid. C ‘ était la mode en ce temps-là, d’ autant que chacun plus ou moins y trouvait son compte. L’ homme avançait à pas réguliers. Pour prévenir les trébuchements et la fatigue, il s’ aidait d’ un bâton ramassé à une  » tesse « . Il connaissait pourtant de vieille date ce chemin difficile. Chaque détour, chaque ornière et, sur le bord du précipice, le curieux alignement des buissons taciturnes gardaient pour lui leur histoire intime. Mais l’ âge avait diminué la superbe assurance    d’ autrefois. Le montagnard entrait dans son soixante-douzième printemps, Ce printemps n’ était pas triste, qui s’ ouvrait à l’ homme avec le tintinnabulement des         sonnailles, le geste amical de la forêt penchée sur les terres convalescentes et ce soleil tout neuf dans un azur moins pâle. Mais il sentait déjà l’ automne, le temps de la   chute ultime des feuilles à cet Arbre de vie qui n’ en redonne plus et l’ annonce du grand Hiver éternel au-delà duquel, ici bas du moins, il n’ est plus d’ aube possible.

L ‘adolescent suivait. Dans son regard limpide, l’ étonnement faisait place à l’ admiration. Il ne l’ avait jamais vue dans la splendeur pourpre et fauve des automnes. Il ne l’ avait jamais vue, le soir, quand les ombres s’ allongent et s’ en vont, langues voraces, lécher le creux des précipices. Et voilà qu’ un chemin de vaches, interminable   et capricieux, zébrait pour lui l’ écran parfumé des forêts et le hissait sans bruit vers des hauteurs inconnues. Droit sur lui montait, mystérieuse et sereine, à travers la fresque vivante et frémissante du feuillage, l’ immense respiration de la Nature. L’ enfant avait perdu sa mère quelques jours auparavant. Une encore pour qui la terre      s’ était montrée rebelle, avare et  »rancuneuse ». C’ est ce que, du moins, elle prétendait, la pauvre femme, quand ceux du Pays un jour ou l’ autre lui demandaient: « pourquoi es-tu partie ? ». La ville s’ était emparée de la paysanne, l’avait bercée d’illusions jusqu’à l’étourdir, puis l’avait tuée à petit feu. C’est l’ enfant maintenant qui revenait, les yeux rouges et le coeur gros, mais à mesure que s’ éveillait en lui le chant du vieux Pays_ ce chant qu’il avait entendu de loin seulement sans avoir jamais vu de vieux Pays !_ le pauvre orphelin se sentait moins seul. L’ayant reçu, l’oncle Antide avait posé sur la tête blonde une main rude et tremblante. Le regard mouillé du vieil homme, sous les épais sourcils, signifiait sans doute le commencement de nouvelles tendresses. Et pour l’enfant de celle qui avait fui, un peu de joie naissait à la surface de son lourd chagrin.

On atteignit maintenant l’ endroit du col ou le passage, s’étranglant,franchit la cime sapineuse. Les deux marcheurs s’ arrêtèrent à hauteur du Moulin de Magras et firent volte-face.                                                                                                                                                                                                                                                       <<Oncle Antide, c’est si beau que ça, le Jura ?                                                                                                                                                                                    _Tu vois, regarde ! « .

Et tous deux se turent. La nuit était presque tombée. Mais les reflets du couchant détachaient de l’ombre, comme un granit rose et violacé, la barrière des Mont-Jura .  Une trainée de gaze bleue dissimulait les berges de la Valserine et courait se confondre avec la brume de la Michaille, vers le sud. Le torrent de Mânant perdait son bruit dans les profondeurs d’une fissure, mais rejetait jusqu’au sommet du col de voluptueuses bouffées de fraicheur. En face le précipice semi-circulaire des « Cinq-Chalets » faisait sur le versant du Reculet une cicatrice immense et grisâtre.

L’enfant la remarqua.                                                                                                                                                                                                                                      <<Oncle Antide, tu vois, en face de nous, cette drôle de tache qui va jusqu’en bas ! C’est-y profond ?                                                                                                       _Je pense bien, mon garçon. Tu aurais peur, rien qu’à la regarder depuis le bord. C’est vieux, tu sais !                                                                                                   _Et qu’est-ce qui a fait ça ?                                                                                                                                                                                                             _On dit que ça date du temps des Géants. L’un d’eux,ne pouvant malgré sont immense taille enjamber la montagne,lui donna un grand coup de sa large épée. Tu vois, ça ressemble bien à une entaille.                                                                                                                                                                                                     _Et c’est vrai, tout ça ?                                                                                                                                                                                                                   _Vrai ou pas vrai, peu importe, vu qu’on raconte autre chose a ce sujet.                                                                                                                                             _On dit quoi ?                                                                                                                                                                                                                                 _Et bien voilà ! Il y avait autrefois un village à l’ emplacement de cette « ravine ». On y rigolait beaucoup, mais on n’ y priait guère. On était dur pour les étrangers et les traine-misère. Une nuit de noël, un éboulement se produisit, qui engloutit quasiment tout, bêtes et gens, église et maisons.La terre s’est mise comme qui dirait sens dessus dessous. Un vrai cataclysme, quoi !                                                                                                                                                                                           _As-tu entendu quelque chose, Oncle Antide depuis chez toi ?                                                                                                                                                             _Je pourrais pas de dire, fiston, j’ étais pas né quand la montagne a fichu le camp ! Mais les anciens racontent que ne bougea plus là-bas. Il ya bien quelques légendes qui courent sur cet éboulement. Mais… c’ est assez pour aujourd’hui. La mémé va être en souci !                                                                              Le vieux tira sa breloque. Huit heures et demie passées ! Il n’ étaient pas encore au bout de leur équipée et l’ enfant commençait à sentir la fatigue. Le vieux aussi. Restait, après la ferme de la Pierre d’ en Haut toute la combe aux colchiques à traverser, puis le Goulet des Launes. la lune avait dépassé l’ arête des Monts-Jura, dont  l’ ombre lentement se rétrécissait tandis que les crêts de l’ autre versant déployaient  la leur avec une égale vitesse. Le vieillard et l’ enfant tournaient le dos à cette course des ombres. Ils ne l’ ignoraient pas. L’ heure qu’on pouvait lire au vaste cadrant de la nuit les renseignait plus sûrement que les aiguilles d’ une montre. le vieil Antide, habitué depuis longtemps à vivre en confidence avec la nature, assignait à la lune un point de sa trajectoire à ne pas dépasser, avant qu’ il n’ eût lui-même achevé sa route.                                                                                                                                                                                                                                                             <<Oncle Antide, la lune avance ! >> disait l’ enfant. Mais eux aussi grignotaient cette combe interminable et somnolente. Il existe là-haut, dans le vert écrin des résineux, des combes un peu partout, qui s’étirent vers le sud ou vers le nord selon les caprices du relief. Elles ont des noms de fleurs ou d’ animaux,des noms de fermes joliment poétiques, les noms parfois de ceux qui vinrent jadis courageusement peupler leur solitude. Elles sont gracieuses ou farouches, accueillantes ou rébarbatives, toujours un peu timides. Elles ne voient que le ciel, se prennent tout doucement à sont mirage quand il est tout bleu, frissonnent et s’ émeuvent lorsque s’ y déchaine la sarabande des nuées ou des brumes. Il arrive parfois, au plus fort de l’ été que, dans la lueur violente d’ un orage, elles voient palpiter le corps tout chaud d’ un arbre foudroyé… Le temps a fini par leur donner un visage et leur prêter une âme. Il faut bien, d’ une façon ou d’ une autre, que ceux qui passent s’ en souviennent. Ici, ce soir, c’ est la Combes aux Colchiques, qui sort de sa torpeur pour saluer, avec un petit sourire blême, le vieillard et l’ enfant. La combe ou se lèvent, chaque année, ces fleures mélancoliques et pâlottes dont le mauve annonce les beaux jours de l’ été comme aussi l’ interminable et oppressant hiver… Mais qu’avaient-ils donc, ce soir, de plus grave à se dire, les <<perce-neige>> de la Combe pour que le vieil Antide soudainement s’ émût rien qu’a les regarder?…                                                             
Il y avait toujours dans le ciel gris de la lune ronde, narquoise et un peu hautaine, à qui l’ enfant faisait signe d’ avancer moins vite. Le vieillard n’ avait d’yeux que pour ces fleurs éphémères. Il lui semblait qu’elles allaient faire tout d’un coup ressurgir le passé.                                                                                                                        Ils <<avalèrent>> sans dire un mot toute la longueur de la Combe, pressant le pas, le vieux surtout. Comme ils atteignaient le Goulet des Launes, près de la ferme en ruines, l’ enfant sursauta.                                                                                                                                                                                                                          << Oncle Antide, tu ne vois rien, vers cet arbre ?                                                                                                                                                                                  _Je vois le mur, tout a côté, avec la haie.                                                                                                                                                                                          _C’est autre chose. J’ai vu passé une ombre!                                                                                                                                                                                    _Une ombre ? mais tu rêves !                                                                                                                                                                                                          _Oh non ! J’en suis sûr ! ça a passé très vite, ça s’est caché sous la haie ! >>                                                                                                                                      Le vieil Antide haussa les épaules.                                                                                                                                                                                                <<Tu te fais des idées. Ne vois-tu pas que la lune éclaire maintenant de ce côté-la ? c’ est l’ombre du foyard ! tu as cru qu’elle avait bougé !                                                _Non ! c’était pas une ombre comme ça.                                                                                                                                                                                          _Elle était debout ! Elle avait des mains et une tête !                                                                                                                                                                          _Que racontes-tu la ?? Allons, viens ! Il faut nous dépêcher. La mémé doit attendre >>.                                                                                                                  L’homme se remit a marcher mais il se retourna tant qu’il put voir le vieux pan de mur énigmatique et la grimace du foyard dans le clair de lune.                                    Et tous deux s’en furent vers la ferme, tassée sur son dos de colline, et qui les attendait, L’orphelin, le fils de celle que n’ avait point réchauffé le vieux sourire des âtres familiers, y découvrit, jour après jour, la vie de la montagne. Il sut qu’elle était pénible, parfois tracassière, mais porteuse de santé. Il en perçu le charme et la rude saveur sous la trame inlassablement retissée des naïves coutumes. Peut-être apprit-il aussi, dans le ronron fidèle du rouet que la mémé faisait tourner en chantonnant, l’histoire douloureuse de la Combe aux Colchiques.

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                           *                          *                            *

               Ce qui maintenant va vous être conté, tel que l’enfant le sut plus tard, sans doute de son oncle, se passa du temps ou le vieil Antide n’était encore qu’un timide adolescent.                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                               ……. Ils étaient arrivée brusquement sur le coup de midi, venant de Bellecombe. Le Gustave de la Loge les avais vus passer. <<Tiens ! les gâpions ! C’est drôle, à cette heure ! Ou peuvent-ils bien s’ embarquer ? >>. mentalement il parcourut les fermes de l’ endroit et conclut que çà devait être pour celle des Launes. Des bruits couraient depuis quelque temps sur le compte du voisin : une histoire de contrebande et de distillation clandestine. Mais ont en voulait au Felicien, le << grigou>> des Launes, comme des gens disaient. Au fond ça n’était pas méchant homme. Dur à la tache, accroché à sa terre, il avait patiemment supporté les mauvais jours. Mais la malchance l’ avait poursuivi. Sa femme était morte, un matin d’ hiver d’ une grippe négligée. Il avait fallu ouvrir un chemin, tant bien que mal, à coup de pelles, j’usqu’en dessous de Noircombe. On avait descendu le cercueil à Chézery sur un traineau à bras, dans la neige et le vent. Lui était revenu, le soir, écrasé de fatigue et de chagrin. Le fils _ et il n’en avait qu’un_ fut vite découragé. Ce qui restait, semble-t-il, de douceur à la maison, cette petite Maria dont les dix huit ans avait a peine sonné, ne suffit pas à retenir le garçon sans caractère. Il s’ en alla. Le Félicien s’était mis à faire de la contrebande et à boire un peu. Une petite rasade de gnôle, de temps en temps, ça vous réchauffe le coeur, ça vous ragaillardit les abattis. Mais pour se garantir, comme il disait, sa réserve de carburant, il s’ était traficoté un petit alambic. Quelques pruniers qui végétaient au pignon sud de la maison, lui fournissaient, bon an mal an, la matière première. Il était inévitable qu’un homme aussi peu accommodant devint, un jour ou l’autre, la cible commune des <<rats de cave>> et des gâpions. Qu’importe ! Il avait paru tirer le meilleur parti de cette existence aventureuse. Des querelles éclataient parfois, inévitables, au hasard des rencontres. On déterrait stupidement des vieilles rancunes et les malices oubliées. On inventait de nouveaux griefs. Le Félicien n ‘avait que faire de se brassage malodorant, de ce mesquin rappel du passé. Sa conscience d’honnête homme déclenchait en lui de violents sursauts. Parfois, au bistrot ou il faisait quelques apparitions, il se dressait tout rouge, tapait du poing sur la table, puis rasseyait en grommelant:                                                                                         << misère de nom ! misère de nom ! >> Et tout le monde se calmait. Un jour il avait cogné sur l’Osias des Oublis, les-quel insinuait que le fils au Félicien était parti de la maison à cause du père. Les autres sans savoir au juste pourquoi, s’étaient mis à lui en vouloir et avaient cessé de le fréquenter.

                Le Gustave de la Loge s’était remémoré tout cela, derrière sa fenêtre, tandis que les douaniers passaient. Lui non plus n’ aimaient pas les voir sur son chemin. Mais aujourd’hui c’était différent.

<<Non d’une pipe ! J’ai dans l’idée qu’il va y avoir du nouveau ! Ce bougre de Félicien ! Les gâpions à sa porte ! >>                                                                  Mais quelque chose en lui, comme un vague remords,s’était réveillé et voilà qu’il avait pris brusquement le parti de prévenir son voisin. La solidarité montagnarde faisait fi parfois des ressentiments personnels. Pendant que les douaniers poursuivaient leur approche sur le sentier de la combe, lui, coupa tout droit dans la forêt. Il trouva son homme à fendre du bois, tandis que Maria mettait tremper la soupe.

<<Félicien, fais vite ! les gâpions, ils viennent chez toi !                                                                                                                                                            Si t’   as des << affaires >> à planquer, c’est le moment ! >>.

Le Félicien leva la tête et regarda l’autre avec l’air de dire : de quoi tu te mêles ! L’avertissement charitable n’avait pas de prise sur lui. Le vieux <<renard>> était victime de son excessive méfiance envers ses voisins. L’autre attendit un moment et s’en retourna du côté du bois. Déjà le <<commando>> se rabattait sur la haie, un peu en contrebas de la maison. Maria, de l’intérieur, avait tout vu et tout compris. Elle se dépêcha de sortir la provision de café, de sucre et d’épices, tout ce qui n’était pas entamé, la <<réserve d’hivers>>. A côté du four il y avait une <<tesse>> que lr Félicien avait doublée, quelques jours avant, parce qu’il ne pouvait plus en <<accucher>> davantage sur le premier tas. Elle se dit tout d’un coup qu’ils ne viendraient sûrement pas fouiner par là. Elle y traina la marchandise, la dissimula du mieux qu’elle peut en jetant par dessus une bonne brassée de branche bien feuillues. puis elle se souvint du petit alambic que sont père avait rangé au fond du four, dans un des coffres ou il mettait de la farine. Mais celui-là n’en recevait plus parce que l’autre sufissait. Elle eut juste le tmps de tirer l’alambic de cette cachette peu sûre. Mais où trouverait elle à le planquer, dehors ? Elle avisa soudain, à quelques mètres de la <<tesse>>,le vieux tarare qui ne servait plus guère, bien qu’il fût encore en bon état. Elle courut jusque là, tenant l’engin serré contre sa poitrine. Elle souleva le large plateau qui servait de couvercle… Ouf ! Il y avait, au dessus du tamis, juste, tout juste la place pour y loger le compromettant alambic. Quand ce fut fait, <<advienne que pourra !>> se dit la jeune fille, qui se trouva dans la cuisine à l’instant même où les indésirables visiteurs pointaient le nez à l’angle sud de la maison, d’ où ils n’avaient pas pu voir, semble-t-il, se dérouler l’opération de camouflage. Le Félicien, en les voyant, faillit lâcher le manche de sa hache, puis reprenant ses esprit, se redressa un peu et s’essuya le front du revers de la main. Maria, dans la cuisine, comme si de rien n’était, tranquillement, avait repris sa louche et sa soupière. Quelques minutes s’écoulèrent, qui lui parurent longues. Puis elle entendit un bruit de voix, du côté du four. Ca sentait la dispute, l’orage. Il y avait des jurons ceux du père surtout. C’était mauvais signe ! Elle sortit devant la porte et regarda. Tout de suite elle aperçut les douaniers.Ils avaient trouvé la cachette _ celle de la tesse seulement _ et ils venaient de jeter dans la poussière où se mêlaient les aiguilles de sapins, les marchandises de Maria s’était donné la peine de mettre à l’abri. L’un de ces beaux messieurs ne portait pas la tenue de la douane. Et pour cause: il n’en était pas ! Mais c’est lui qui avait mis le plus d’empressement à fouiller dans la tesse au Félicien et qui montrait le plus de dépit de n’avoir pas trouvé ce qu’il y cherchait.               L’alambic, bien sûr ! Maria n’avait pas eu de peine à deviner. Le Félicien non plus. << Trouver la marchandise, ça suffit pas ! il faut qu’on vous prenne en train de la passer. Flagrant délit de contrebande en quelque sorte. Alors, ils vont me laisser tranquille !…<< Le Félicien se voyait déjà libre quand le monsieur des Contributions, le <<rat de cave>> _c’est une espèce sans pitié ! _ qui n’ avait point cessé de fureter, revint avec un sourire de triomphe, portant à bout de bras la bonbonne de gnôle. Le Félicien le regarda, puis regarda les autres, sans dire un mot, et haussa les épaules. C’était les défier ! Ils l’entourèrent, lui mirent les menottes et l’emmenèrent.

La pauvre Maria les suivit du regard jusqu’à ce qu’ils eurent contourné la haie. Puis elle courut à la maison et, sentant tout d’ un coup sa solitude, se mit à pleurer de colère et de chagrin. Au dehors le parfun des terres ressuscitées montant dans le soleil de midi. Le vert encore tendre des jeunes feuilles étoilait çà et là sans violence le bleu profond du ciel. A la cime du plus proche foyard un oiseau s’était mis à chanter.

Le fermier reparut le lendemain. Il avait fini par s’arranger, sans doute au prix fort, avec ces messieurs de la douane ou des Contributions. Dans toute cette histoire qui puait la dénonciation et la jalousie, c’est lui qui avait trinqué ! Les jours à venir, encore une fois, seraient durs, mais lui, plus obstinément encore, allait se cramponner à son bout de terre avec la ténacité de ceux qui sont taillés dans le roc des montagnes. On ne vit plus, du côté de Lélex, le Félicien des Launes, du moins avec le <<ballot>> de contrebande, çà l’avait dégoûté. Les autres commencèrent à le laisser tranquille.

 

*                                *                               *

 

Le printemps fut beau, cette année-là, presque pénible, avec des sautes de chaleur. Le foin poussait dru dans les combes, à l’abri de la bise. Il paraissait plus clairsemé le long des crêtes. Juillet survient, mais avec lui, dés les premiers jours, un évènement aussi terrible qu’imprévu. Cela fit dans l’existence, déjà tourmentée du Félicien, une déchirure atroce, démesurée, par où les dernières images de douceur subitement s’ envolèrent de ce vol épouvanté d’oiseaux qui ne reviennent pas. Le 7 de ce mois-là, vers les 4 heures de l’après-midi, tout d’un coup l’orage éclata. Le soleil avait tapé dur le matin, poussant dans les combes encore somnolentes des faisceaux de lumière brutale. Le ciel était devenu d’un bleu très irréel. L’air y flambait comme un métal incandescent et translucide. Vers le milieu du jour, on avait aperçu, en direction du sud-ouest, un très mince écheveau de brume, venu de nulle part et qui présentait sur ses bords d’étranges teintes de cuivre. Cela s’était rapproché, tout doucement d’ abord, sans avoir l’air de rien, puis gonflant comme si une force surnaturelle dilatait cette masse de l’intérieur, avait envahi le ciel. Ce fut d’ une soudaineté incroyable. Un rideau blanchâtre se déploya, partant du crêt de Chalam, effaçant en quelques secondes l’arête des Monts-Jura et se rabattit en un déluge de grêle sur les combes du versant opposé. Le Félicien chargeait du foin à l’ avant de la maison. Il mettait tout en bottes selon son habitude. Maria s’ affairait çà et là, <<rejoignant>> arrangeant une corde ou ratelant. Elle y allait du mieux qu’elle pouvait. Elle n’ignorait pas la fatigue mais l’enfermait dans son large sourire. Elle était faite pour vivre avec les oiseaux et avec les fleurs. Elle savait retrouver dans les chants des uns et le parfum des autres cette joie saine et délicate qui rend l’ effort plus léger. Cet après-midi là pourtant, les oiseaux se taisaient, les étaient mortes. L’azur pesait sur elles, incroyablement lourd. Maria sentit comme un frisson malgré la chaleur. Puis s’ aperçu qu’elle était triste. Et voilà qu’un grondement soudain réveilla les échos de la combe. L’ orage était sur eux, les talonnait les enveloppait, terrible et hargneux comme un fauve qui va mordre. Il avait pris la combe en enfilade. Une lueur presque blanche déchira de haut en bas l’uniformité de la nue. La détonation suivit aussitôt. Elle claqua comme un coup de fouet gigantesque. L’écho s’en saisit, la répéta sur l’autre versant, puis l’élargit en un grondement confus qui sembla monter des profondeurs de la terre. La foudre ! Maria pensa à la foudre. Elle eut peur soudain et trembla comme une petite fille. Elle se sentit pourtant la force de courir très vite, jusqu’à la maison, de fermer la grange et les fenêtres du modeste étage, pour prévenir les courants d’ air. Puis elle descendit à la cuisine, s’ approcha du carreau et regarda. Ce fut dans l’ instant d’après que le malheur survint. Une lumière aveuglante emplit soudainement la demi-obscurité de la pièce, accompagnée accompagné comme d’un énorme coup de feu, du côté de la cheminée. Il y eut, au dehors, un fracas si violent que la maison trembla et parut s’écrouler. Le bois du devant de la combe répondit en une plainte lugubre, puis le silence, un silence atrocement lourd, implacable et funèbre, s’appesantit sur la ferme des Launes, où, avec le fluide mystérieux, la mort venait d’entrer.

Le Gustave de la Loge a pu donner quelques détails. Son voisin s’ en était venu juséuque chez lui, à demi inconscient, encore étourdi par la secousse… La pauvre Maria n’avait pas dû souffrir. La mort l’avait immobilisée, par terre, au-milieu de la cuisine, dans l’attitude de quelqu’un qui sommeille. Le visage légèrement rejeté en arrière était calme, presque détendu. Rien dans le bleu pâle des prunelles ou le geste des mains qui eût pu trahir l’angoisse ou la peur. Une ligne noirâtre allait en s’infléchissant, d’une épingle à cheveux, au sommet de la tête, jusqu’au bas de la nuque. Le fluide, utilisant une fente du carreau, était passé par là, brisant d’un coup cette jeune vie, précipitant ce sourire d’anémone printanière  dans les profondeurs de l’éternité.

L’enterrement se fit le surlendemain. Les gens de la combe ou d’ailleurs qui s’étaient réunis aux Launes, pendant deux veillées, pour la prière des morts, suivaient l’humble cercueil, silencieux et graves. Cette détresse leur serrait le coeur. Le rideau des préjugés, des rancunes injustifiables, se déchirait. Ceux des voisins_le petit nombre sans doute_qui s’étaient montrés durs et méchants, commençaient à redécouvrir dans leur voisin malheureux l’homme simple et franc, difficile de caractère c’est vrai, mais toujours de bon service et courageux au travail. L’âpreté de l’existence paysanne dans ces coins perdus de montagne, les revers, les <<coups de chien>>, la fatigue avait durci l’ écorce mais, par dessous, le coeur était resté jeune et tendre comme un bois nouveau.

Après la cérémonie chacun s’approcha du fermier des Launes pour une poignée de main. Lui les regarda d’un oeil terne et vide, murmura plusieurs fois dans un soupir: pauvre Maria ! puis il s’en fut, dos courbé, vers son destin solitaire.

L’automne passa. Puis les mois de neige. Quand le vert de l’espoir eut reconquis le premier pâturage, le Félicien prit son bâton de voyageur et descendit à Chézery par le chemin de Noircombe. Il s’en fut tout droit chez le curé. Quand ce dernier le vit arriver, il devina que cet homme avait été visité par le malheur. Puis il finit par le reconnaître, car il ne l’avait jamais vu que le jour de l’enterrement.

<<Monsieur le curé, j’ai eu bien de la peine, je n’avais plus qu’elle, là-haut. Elle était tout pour moi, la pauvre petite ! J’ai trimé dur. Je me suis privé. Je me suis privé. C’était pour elle. les autres n’ont pas toujours compris pourquoi j’étais près de mes sous…. Tenez, je vous apporte ça. C’est à elle. Je ne veux pas y toucher. Prenez tout. Vous direz des messes avec. Ma pauvre Maria !… Au moins elle sera contente…>>.

En s’en allant le Félicien fit un détour par le cimetière. Il retrouva la tombe qui était encore fraiche. Cinq mois de neige l’enveloppant de silencieuse blancheur l’avait entretenue. Il resta un moment, perdu dans ses chers souvenirs, poursuivant des images qui se dérobaient, recomposant par un effort instinctif et douloureux le visage de la morte. Puis il posa par terre, entre la couronne et la croix de bois, un petit bouquet de perce-neige. De ces fleurs insignifiantes qu’on voit à peine et qu’on ne cueille pas, semblait se dégager, irrésistible et miséricordieusement prometteur, tout le parfum du printemps.

 

*                               *                             *

 

Voilà, telle qu’on la raconte encore, l’histoire douloureuse de la Combe aux Colchiques. Et l’ on va jusqu’à dire pourquoi, là-bas, entre la double procession des grands épicéas, il pousse aujourd’hui tant de perce-neige. C’est, parait-il, du jour où le Félicien des Launes s’en fut, en silence, écrasé par le poids de son chagrin, déposer sur la tombe de sa fille, l’humble bouquet formé de toutes premières fleurs du printemps, celles qui, très doucement et si discrètement, entrouvrent avec leur calice ce mauve et mélancolique sourire qui réveille les terres engourdies. C’est aussi, dit-on, pour cette <<fleur>> de nos montagnes que la foudre a tuée. Des langues crédules ont ajouté même que la jeune morte s’en revenait, de temps en temps, rôder près de la ferme en ruines. Pure légende que cela ! L’ombre dont il fut question, tout au début de notre histoire, n’était sans doute que le reflet ou l’image de la lune sur l’eau dormante du vieux <<gouillat>>. L’enfant recueilli par l’oncle Antide, quand il disait :<< je vois une ombre !>> ne pensait pas remuer tout d’un coup, dans la mémoire du vieil homme, des souvenirs aussi pénibles. Peut-être enfin sut-il un jour qu’au fond des combes mortes_ telles qu’il en est, dans notre Haut Pays _ les pierres sont encore vivantes.

Les Nerbiers

juillet-aout1946-Septembre 1948

André VUILLERMOZ

 

NATURE

2015-08-10 12.06.15

Un matin en foret des ecollais après une ondée.

une salamandre

2015-08-14 08.08.59

Témoin d’une vie antérieur.

1-2015-08-14 09.33.09

L’ amadouvier ( fomes fomentarius )

2015-08-16 10.57.302015-08-15 07.59.072015-08-10 11.35.372015-08-14 08.12.552015-08-16 10.58.142015-08-16 11.03.432015-08-10 11.44.092015-08-14 09.23.062015-08-17 08.45.412015-08-10 11.30.002015-08-16 11.04.122015-08-14 07.54.172015-08-10 11.39.26

Les Rencontres

Industries et cartes postales anciennes

La PIPE

La Guerre a modifié cette industrie; elle a déterminé le développement de la fabrication de la galalithe en France et la très belle qualité de cette matière lui a donné le pas sur les autres, qui sont en régression.

L’ os arrive en sacs de la région de Beauvais ou d’ Amérique. Il a subi une préparation et se présente sous la forme de réglettes ou de cylindres creux ; on le fait bouillir avec de l’ eau et des cendres avant de le travailler au tour. La corne est importée d’ Argentine et du Brésil.

La galalithe est fabriquée dans la région sanclaudienne .

Citons enfin, comme autres matières plastiques: l’ ivoire, l’ ambre, le corrozo, le bois des Iles. Mais ce sont là plutôt des spécialités qui n’ ont pas l’ importance industrielle de la galalithe, de l’ os, ou de la corne.

Les ouvriers sont ainsi répartis:

Saint-Lupicin (400 ouvriers), Saint-Claude (170), Lavans (280), Ravilloles (150), Cinquétral (139), Cuttura (95), Montréal (67), Molinges (50), Pratz (50), Dortan (30), Villard-Saint-Sauveur (13), Ranchette, Larrivoire, Rogna, Valfin, La Rixouse, Leschères ( 10 ou moins de 10).

Soit, en tout, 1400 ou 1500 ouvriers.

En dehors des articles de fumeur, la tournerie des matières plastiques s’ emploie à la fabrication des articles de bureau, des articles de garnitures d’ électricité, des bouchons de bouteille, des nécessaires de couture, de manucure, des étuis de toute sorte.

Sur le marché Français, la tournerie des matières plastiques n’a pas grand-chose à craindre.Ses articles sont très demandés et, à qualité égale, sont moins chers que les articles Allemands. Sur le marché étranger, elle est dans une position moins favorable: elle manque de rayonnement ; de plus, l’ Allemagne veut reconquérir à tout prix le marché mondial et vend très bon marché, parfois même au-dessous du prix de revient.

Enfin l’ industrie chimique allemande est en avance sur l’ industrie française pour la production de la matière première. A part l’ Allemagne, l’ Autriche et la Tchécoslovaquie, celle-ci pour les résines synthétiques, sont des concurrentes très sérieuses.

 

LE TRAVAIL DES PIERRES PRÉCIEUSES DANS LE JURA

 

L’ industrie lapidaire.- L’ industrie lapidaire occupe les populations d’ entre Bienne et Valserine; quelques localités du pays de Gex ( que nous ne pourrions aucunement séparer du Jura) et de Bellegarde. Elle se rattache à Genève par son origine.

Genève était autrefois le lieu de foires célèbres. Elle faisait entre autres le commerce des objets précieux d’ orfèvrerie et possédait ses propres artisans dés le XVe siècle. A mesure que la ville s’ enrichit, les  maitrises et les jurandes devinrent plus exigeantes quant à l’ adoption des nouveaux venus: aussi les métiers de l’ orfèvrerie devinrent assez vite le privilège d’ une minorité. Un certain nombre d’ artisans s’ établirent en dehors de la ville dés la fin du XVIIe siècle, dans le pays de Gex notamment, où ils firent des apprentis. Dans un mémoire adressé au duc de Choiseul en 1767, Voltaire , alors établi à Ferney, déclare que 300 charrues sont « tombées » dans le pays par le fait de l’ industrie.

Par le pays de Gex, les industries genevoises s’ infiltrèrent dans le haut Jura. Le premier lapidaire jurassien, Michaud, commença son nouveau travail en 1735 au hameau des Thoramys, près de Sepmoncel, et fut bientôt très imité. On tailla d’ abord le verre ordinaire , puis, vers 1750, le stass.

Au moment de la Restauration, on entreprit la taille des pierres précieuses, alors très en vogue. Au cours du XIXe siècle, les conditions hygiéniques du travail, trés mauvaises au début, s’ amélioraient peu à peu.

A la fin du XIXe siècle, l’ industrie s’ est transformée. Le rendement a été considérablement accru par la découverte de procédés de taille multiple  ( 300 pierres à la fois), et, d’ autre part, l’ apparition de la pierre synthétique, composée d’ alumine et d’ oxydes colorants, a déterminé une baisse considérable de la valeur des pierres naturelles. Les matières premières taillées actuellement sont : les pierres fines naturelles ( topazes, améthyste, émeraude, rubis, saphir); les pierres synthétiques, produites artificiellement, par le procédé Verneuil; les imitations de pierres naturelles; le strass (ou simili-diamant). Ces matières premières peuvent donner lieu à des combinaisons, telles que les pierres fausses doublées, composées d’ une partie de pierre fine, collée ou fixée sur du strass.

Contrairement à ce que l’ on pourrait croire , la valeur marchande de la matière première est peu élevée. Le carat de pierres naturelles est évalué de  10 à 150 fr.; et le prix des pierres synthétiques est très bas: il est compris entre 0fr.04 et 0fr.35 le carat.

Depuis la date de son établissement , l’ industrie lapidaire n’ a pas cessé de s’ étendre. Dans le haut Jura, elle se tenait d ‘abord sur le plateau de Sepmoncel; elle gagna ensuite les villages situés plus au sud entre Bienne et la valserine. Enfin, par voie de rayonnement, elle s’ est propagée autour de Saint-Claude où chaque village compte quelques ouvriers.

L’ industrie lapidaire du haut Jura et du pays de Gex forme un tout homogène, qui possède des syndicats communs.

Les villes, bourgs ou villages qui s’ occupent de la taille des pierres fines ou fausses sont:

Sepmoncel (800 ouvriers), Saint-Claude (600), Lamoura (272), Les Molunes (250), Lajoux (160), Les Bouchoux (200), La Pesse (150), Les Moussières (132), longchaumois (90), Belleydoux (190), Lélex (160), Mijoux (141), Chézery (100), Gex (50), Villard-Saint-Sauveur (40), Prémanon (30), Coyrière (30), Arbois (30),Viry ’20), Echallon (40), Champfromier (31), Ochiaz (26), Saint-Germain-de-joux (20), Saint-Genis-Pouilly (20), Chatillon-de-Michaille (19), Vesancy (16), Cessy (16), Hotonne (13), Ranchette, Villard-sur-Bienne, Avignon, Cinquétral, Lavans, Molinges, Larrivoire, Choux, Coiserette, Chaux-des-Près, Clairvaux, Conliège, Confort, Coupy, Chanay, Collonges, Thoiry, Farges, Billiat, Injoux, Giron, Montréal (10 ou moins de 10 ouvriers).

Dans la région du Doubs, on compte une centaine d’ ouvriers à Pontarlier et aux Fourgs. Le total donne environ 4000 ouvriers et ouvrières.

La ville de Saint-Claude est spécialisée dans la taille du strass et des diamants imitation. Elle possède 600 ouvriers lapidaires. La production journalière est de 1 400 000 pièces valant en moyenne 15 à 20 fr. le mille. Le chiffre d’ affaires annuel pour cette spécialité peut être évalué à 7 millions de francs, qui représentent surtout le prix de la main-d’ œuvre, les frais généraux et l’ intérêt commercial du capital investi.

Le prix de la matière première, fabriquée sur place, est insignifiant.  Quant aux pierres fines et aux pierres synthétiques, il est difficile de déterminer la valeur de la production annuelle, étant donné la qualité et la nature très diverses des pierres travaillées. On peu estimer toutefois que les salaires payés aux ouvriers s’ élèvent à 15 ou 20 millions de francs.

La vente est facile. Saint-Claude et sa région déversent sur le monde entier des millions de simili-diamants, de pierres naturelles, de pierres synthétiques et de pierres fausses. L’ Amérique absorbe les trois quarts de la production. les industries de luxe de Paris, la bijouterie et la mode sont clientes de l’ industrie jurassienne, qui s’ est acquis une très grande renommée par l’ habileté de ses artisans et la solidité de sa position. Les industries lapidaires allemande, tchécoslovaque ou américaine ne sont pas pour le moment des concurrentes sérieuse.

L’ industrie diamantaire.- L’ industrie diamantaire est incontestablement la moins solide des industries jurassiennes, celle qui tient le moins au pays.  Elle fut établie dans le Jura en 1877, par l’ initiative de plusieurs négociants lapidaires qui crurent possible d’ adapter rapidement les ouvriers jurassiens à la nouvelle industrie. les premières usines furent construites dans plusieurs villages de la banlieue de Saint-Claude.

Un peu auparavant, en 1872, des diamanteries  avaient été installées dans le pays de Gex. L’ industrie diamantaire , qui fournissait de beaux salaires, connut vite une très grande faveur. On comptait avant-guerre 3000 ouvriers dans la région sanclaudienne. Aujourd’hui, le personnel est moins nombreux : l’ industrie a perdu de son importance, par suite de la guerre et pour d’ autre raisons.

La matière première vient presque exclusivement de l’ Afrique australe. Les prix pourraient subir de très grandes oscillations, car le diamant est plus abondant qu’ on ne croit. (en 1926, la découverte des diamants alluvionnaires a causé de grandes perturbations sur le marché). Mais les prix sont tenus par le syndicat de Londres, qui est capable d’ acheter toute la production brute, par le Gouvernement de l’ Afrique australe, qui dispose, depuis octobre 1927, d’ une loi lui permettant de restreindre à son gré la prospection, par le syndicat d’ Anvers, qui tient le marché de la pierre taillée.

Actuellement le prix du carat taillé, en bonne qualité et en grosseur moyenne, va de 1500 à 6000 fr.  La main-d’ œuvre mondiale de l’ industrie du diamant comprend environ 25 000 ouvriers, ainsi répartis : 18 500 à Anvers; 4500 à Amsterdam; 200 à Paris ; 1450 dans le Jura et le pays de Gex. Ces chiffres montrent que le Jura ne joue pas le premier rôle dans cette industrie. La main-d’ oeuvre jurassienne et gessoise est établie dans les villes et villages suivants:

Saint-Claude (700 ouvriers), Foncine-le-Haut (95), Villard-Saint-Sauveur (64), Chassal (61), Avignon (53), Vaux (30), Sellières (33), Clairvaux (23), Chaumont (20), Corveissiat ( 20), Les Bouchoux (20), Saint-Lupicin (20 ), Nantua (20), Saint-Germain-de-joux (15), Cinquétral (14), Divonne-les-Bains (60), Thoiry (40), Saint-Genis (35), Gex (20), Poligny, Arbois, Molinges, Lavans, Vertamboz, Brod, Revigny, Coyrière, Foncine-le-Bas, Maynal, Longchaumois, Sergy, Port, Ornex, Cessy (10 ou moins de 10 ouvriers).

L’ industrie diamantaire jurassienne n’ est indépendante que pour une faible part. Des 1450 ouvriers de la région, 300 seulement travaillent pour les coopératives ou des industriels indépendants , qui achètent leur matière première, travaillent et vendent eux-mêmes leurs produits. Les autres taillent à façon une matière qui est envoyée d’ Anvers et d’ Amsterdam. Saint-Claude est une manière de déversoir où le travaillent que dans le cas d ‘ absolue prospérité de l’ industrie.

 

LES AUTRES INDUSTRIES JURASSIENNES

 

Les industries dont nous allons nous occuper maintenant possèdent assez souvent un aussi grand nombre      d’ ouvriers que les précédentes : leur importances est toutefois moindre , car elles n’ englobent que quelques localités.

La lunetterie.- Le haut Jura fabrique les neuf dixièmes de la production française en lunetterie. Morez, capitale de cette industrie, et les villages des environs possédaient autrefois des forges dont l’ horlogerie et la lunetterie dérivèrent, la première vers 1660, la seconde à l’époque de la Révolution.

En 1796, le premier atelier de lunetterie fut établi au hameau des Rivières, près de Morez. On y reproduisait des modèles venus d’ Angleterre, que l’ on travaillait à la forge.

En 1830, un ouvrier de la région se rendait à la foire de Beaucaire pour y vendre son stock de marchandises,  l’ industrie morézienne commença à être connue et eut bientôt une excellente réputation.

Elle fut longtemps marquée de beaucoup d’ indépendance et d’ originalité, Des centaines de modèles, lunettes ou pinces-nez, furent lancés dans le commerce. Les ouvriers de la région morézienne  descendaient le samedi à la ville avec une sacoche pleine de pince-nez et de lunettes qu’ ils remettaient à des négociants : ils remontaient dans leur village avec leur provisions de fil de fer pour la semaine suivante.

Aujourd’hui des ateliers modernes se sont établis, et l’ industrie a une certaine tendance à se concentrer à la ville. Le nombre total des ouvriers et ouvrières occupés à la lunetterie dans la région de Morez est d’ environ 3800. Ils sont ainsi répartis :

Morez (2500 ouvriers), Les Rousses (600), Morbier (350), Longchaumois  (110), La Mouille (108), Bellefontaine (88), Prémanon (27), Tancua (8)

L’ industrie de la lunetterie est actuellement prospère. Les affaires sont moins brillantes que pendant les années d’ inflation, mais l’ industrie peut se défendre aisément, étant donné la variété de ses articles, la bonne qualité de ses produits, la modicité de ses prix et le débouché certain que lui offre le marché français.

La production annuelle a une valeur de 25 millions de francs. En dehors du marché français, l’ industrie morézienne a des débouchés un peu partout, en Europe (en Allemagne même) et en Amérique. Toutefois elle est surtout une industrie nationale et rayonne peu. Elle fait actuellement de gros efforts pour se moderniser dans sa technique : 1° à la fabrication de la lunette par pièces interchangeables; 2° au remplacement de la soudure au gaz par la soudure électrique; 3° à une révolution complète de la fabrication (l’ opération de la soudure doit être la dernière, et non la première, comme l’ on faisait encore récemment à Morez). Il est un peu étrange aussi que Morez ne possède pas de verreries et qu’ elle achète ses verres au dehors.

L’ industrie du peigne et des matières plastiques.- L’ industrie du peigne et des matières plastiques, a pour centre important Oyonnax : elle occupe également les villages de la proximité immédiate. C’ est une industrie très ancienne dans les registres d’ état civil de 1669, on trouve déjà la profession de faiseur de peignes. Il est vraisemblable que l’ industrie du peigne, que l’ on a pu comprendre, dans le haut Jura, toute la zone forestière du buis.

L’essor de l’ industrie se produisit vers 1820, au moment ou l’ emploi de la corne comme matière première se généralisa. Le peigne devint vite un objet d’ art. On comptait, à Oyonnax, 44 fabricants et 130 ouvriers en 1831 : après des alternatives de splendeur et de décadence, dues aux variations de la mode, l’ industrie devint très florissante. Rien n’ en témoigne mieux que l’ accroissement de la population de la ville, qui passe de 1158 habitants en 1820 à 11 617 en 1926.Aucune ville jurassienne n’ a eu une croissance aussi rapide.

Ce développement est le fait d’ une seule industrie : la moitié de la population actuelle d’ Oyonnax est employées au travail du peigne et des matières plastiques.

Les matières premières employées par l’ industrie d’ Oyonnax sont le celluloïd, les matières caséinées (galalithe, etc….), l’ acétate de cellulose , la nacrolaque, et sont traitées par le moulage (alors qu’ à Saint-Claude certaines d’ entre elles sont travaillées au tour).

L’ industrie du peigne et des matières plastiques compte environ 400 fabricants et 6000 ouvriers (y inclus les fabricants) qui sont établis dans les localités suivantes:

Oyonnax (5500), Arbent (30), Bellignat (250), Martignat (50), La Cluse (60), Géovresset (50), Saint-Martin-du-Fresne (43), Montréal (28), Port-Charix et Veyziat ont chacun une dizaine d’ ouvriers.

Les objets fabriqués sont: le peigne, les nécessaires de toilette, les jouets en celluloïd et toutes sortes d’ objets de fantaisie et de parure ( bracelets, bagues, boutons, pendentifs, boucles de manteaux, et de chaussures, étuis de toutes sortes, etc…..). La production annuelle a une valeur moyenne de 200 millions de francs.                                                                                                                                                 Malgré la finesse de l’ élégance de ses produits, l’ industrie d’ Oyonnax trouve une rivale redoutable dans        l’ industrie allemande.

L’ industrie de la tabletterie.- La  tabletterie naquit en France lors de l’ apparition du tabac, vers 1660. Dans le Jura, on commença, au début du XVIIIe siècle, à ouvrer des boites en buis, relevées d’ ornements qui en firent de véritables objets d’ arts. Ces boites étaient destinées à contenir de la poudre de tabac.

Au XIXe siècle, la tournerie sanclaudienne étant en pleine crise, une partie des ouvriers s’ intéressa à la tabletterie. En 1851, il y avait à Saint-Claude 18 fabriques de tabatières, et un peu plus tard, en 1875, le nombre des ouvriers tabletiers était d’ environ 3000.

Mais déjà des nouveautés industrielles étaient apparues : le travail de la pipe et celui du diamant, qui offraient aux ouvriers des salaires très rémunérateurs et exigeaient un apprentissage moins long. La main-d’ œuvre s’ y porta, et l’ importance de la tabletterie décrut peu à peu.

Actuellement, la tabletterie a pour objet le travail de la corne de buffle et de la corne ordinaire, de l’écaille aussi, dont on fabrique des tabatières , des couverts à salade et quelques menus objets de table. Elle est pratiquée à :

Saint-Claude (50 ouvriers) et dans les villages des environs : Larrivoire (25), Ranchette (10), Vaux (7), Villard-Saint-Sauveur (6), Viry (1).

Soit, en tout, une centaine d’ ouvriers, dont les deux tiers pour le travail de la tabatière.

Les artisans sont presque tous des personnes âgées. Les jeunes gens ne veulent plus être tabletiers. Le travail, fait tout entier à la main, est difficile et délicat. L’ apprentissage dure quelque dix ans. Ce n’ est point la vente qui fait défaut, mais la production. Cette industrie disparait peu à peu de la région.

L’industrie de la boissellerie ou layeterie à Bois-d’ Amont.- Bois-d’ Amont se trouve sur le cours supérieur de l’ Orbe, entre le lac des Rousses et le lac de Joux, à 1050m. d’ altitude.

Elle a une population de 1170 hab. et possède 500 ouvriers employés à la boissellerie ou layeterie.

Cette industrie qui dut se borner autrefois à la fabrication de gros ouvrages de boissellerie, est spécialisée actuellement dans la production de boites rondes (en lamelles de sapin découpées à la scie, collée ou clouées) destinées, soit a la pharmacie, soit à l’ industrie fromagère ( pour les fromages à pâte molle). Elle est actuellement prospère et ne connait guère le chômage.

L’ industrie des mesures linéaires est aussi une spécialité jurassienne. Elle se tient surtout dans deux villages : Longchaumois, avec 60 ouvriers ; Clairvaux, avec 51 ouvriers.

Saint-Claude et la banlieue possèdent quelques ouvriers.

 

 

Industries et vieux papiers

INDUSTRIES DE LA MONTAGNE

Les industries jurassiennes sont très originales, car leur développement a été le plus souvent la conséquence d’ initiatives individuelles. Cette originalité se retrouve au delà des frontières, car il y a en Allemagne, en Suisse, en Autriche et en Tchécoslovaquie des industries qui ressemblent comme des sœurs aux industries du Jura Français et qui, en fait, sont des rivales.

CARACTÈRES GÉNÉRAUX DE CES INDUSTRIES

Ces industries sont : 1° l’ horlogerie ; 2° la tournerie ; 3° le travail des pierres précieuses (industries lapidaire et diamantaire); 4° toute une série d’ industries très localisées, telles que la lunetterie, le travail du peigne et des matières plastiques, la boissellerie, la tabletterie, etc …

Certaine de ces industries possèdent parfois des branches spécialisées qui méritent d’ être étudiées à part:  L’ horlogerie comprend l’ industrie de la montre à Besançon et le long de la frontière franco-suisse, l’ industrie de l’ horloge dite comtoise et de la pendule à Morez et à Morbier, l’ industrie de la grosse et de la moyenne horlogerie dans le pays de Montbéliard. Ces trois variétés sont réunies actuellement en un même syndicat, mais elles sont historiquement indépendantes. D’ autres part, sous un même mot se trouvent parfois désignées plusieurs industries dont la parenté est plus illusoire que réelle. La tournerie, qui occupe quelque 9000 ouvriers, avec Saint-Claude comme centre commercial, comprend: l’ industrie de la pipe, à Saint-Claude la tournerie des bois indigènes, dont le centre est Moirans-du-Jura; la tournerie des matières plastiques.

Ces trois variétés d’ industrie ont un instrument commun: le tour ,mais n’ emploient pas les mêmes matières premières, et chacune d’ elles a son commerce spécialisée.

Nous n’ étudions pas toutes les industries jurassiennes. Excluant certaines industries comme la fromagerie, la papeterie et la tannerie, nous nous en sommes tenu aux petites industries de manufacture, typiques du Jura, comme on l’ a dit, et nées du besoin d’ activité de la population jurassienne, immobilisée pendant l’ hiver.

La plupart de ces formes d’ activité ont pris naissance dans la haute montagne. Les maigres ressources que le sol du jura offrait aux colons et aux immigrants devaient leur suggérer d’ accroitre leur bien-être par l’ appoint d’une industrie.

Il est curieux de constater que l’ industrie de la lunetterie se place aux altitudes suivantes: Morez 700 m; Morbier 822 m ; La Mouille 900 m ; Longchaumois 897 m ; Bellefontaine 1028 m ; Prémanon 1132 m ; Les Rousses 1135 m.

L’ industrie lapidaire est très répandue aussi dans la haute montagne. Les lieux d’ industrie les plus importants sont à une altitude d’ environ 1000 m : Sepmoncel 1000 m ; Lamoura 1156 m ; Les Molunes 1274 m ; Lajoux 1182 m ; Les Bouchoux 980 m ; Les Moussières 1080 m.

Certaines industries, comme la tournerie, se sont établis dans des vallées, ou sur des plateaux moins élevés. Mais en règles générale, l’ altitude du lieu ou la pauvreté du sol ont été les deux facteurs importants qui ont déterminé l’ établissement des industries.

Celles-ci sont pratiquées par un très grand nombre de cultivateurs. La tournerie des bois indigènes n’ a pas un seul ouvrier établi à la ville, et le centre de cette industrie a moins de 2000 hab. L’ industrie lapidaire, la boissellerie, la petite horlogerie sont aussi des industries campagnardes. Il s’ ensuit que l’ ont rencontre dans les bourgs ou villages jurassiens beaucoup d’ ateliers familiaux et que, pour les industries qui nous intéressent la grosse usine est l’ exception. Cette manière d ‘ être a fini par prévaloir même à la ville.

Oyonnax possède 400 ateliers familiaux ou corporatifs. L ‘industrie lapidaire ne compte que deux ou trois usines importantes. La tournerie, une seule peut-être.

Morez possède 114 ateliers de lunetterie.La tendance actuelle des industries à se concentrer modifie peu à peu la répartition géographique du personnel, mais le fait néanmoins demeure.

Les industries jurassiennes enfin supposent toutes une très grande habileté manuelle de l ‘ouvrier et ne nécessitent pas des transports considérables de matières premières. Lorsqu’ elles s’ établirent, il fallait, étant donné la difficulté des communications, que la matière première fut sur place (horlogerie , lunetterie, tabletterie ,tournerie , industrie du peigne : fer , corne , bois), ou qu ‘elle fut aisément transportable (industrie lapidaire et diamantaire : pierres précieuses , verre ou diamant). La pipe, qui exige la matière première la plus considérable, fut fabriquée tout d’ abord en racine de buis, et le Jura possède, ou possédait, des forets de buis.

Les centres des industries que nous étudierons sont: 1° pour l’ horlogerie: Besançon, Montbéliard, Morez. 2° pour la tournerie: Moirans, Saint-Claude, Saint-Lupicin. 3° pour le travail des pierres: Saint-Claude, Septmoncel. 4° pour les autres industries: Morez (lunetterie); Oyonnax (travail du peigne , etc….), Bois d’ Amont (boissellerie); Saint-Claude (tabletterie, ébonite).

La frontière franco-suisse coupe en deux la région horlogère. Au Nord, la zone de l’ horlogerie et celle des métallurgies diverses se superposent. A l’ Ouest, Besançon parait être une capitale isolée. Au Sud, les industries jurassiennes ne dépassent guère la cluse de Nantua à Bellegarde. Au Sud et à l’ Ouest, Lyon commence à faire sentir son influence.

 

L’ INDUSTRIE DE L’ HORLOGERIE

Historique de l’ industrie.- L’ industrie de l ‘horlogerie avait eu en France de nombreux artisans, avant les guerres de religion, mais, vers le milieu du XVIe siècle, les persécutions religieuses déterminèrent certains d’ entre eux à s ‘expatrier. Ce fut Genève qui les reçut, et l’ industrie y prospéra. Mais les règlements corporatif, devenant bientôt très sévères quant à l’ admission de nouveaux maitres-ouvriers, provoquèrent au cours du XVIIIe siècle, un mouvement d’ émigration très marqué vers le Jura neuchâtelois (Neuchâtel, Le Locle, La Chaux-de-Fonds), et, en 1789, certains habitants de ce pays, ayant manifesté trop bruyamment leur adhésion aux principes révolutionnaires, durent prendre le chemin de la France.

A deux cents ans d’ intervalle, l’ intolérance produisit le même effet, mais cette fois-ci à notre bénéfice. L’ un des émigrés genevois, Laurent Mégevand, qui avait des relations d’ affaires à Paris, eut l’ initiative de soumettre au Ministre Français de l’ intérieur, le 31 mai 1793, un long mémoire sur l’ opportunité de créer une manufacture d’ horlogerie dans le Jura. La proposition soumise au Département du Doubs, fut, agréée, et, le 12 septembre 1793, vingt et une familles suisses s’ établissaient à Besançon. Le nombre des immigrants atteignait 400 à la fin de la même année. L’ industrie prospéra rapidement; outre la manufacture de l’ État, de nombreux ateliers indépendants s’ étaient créés à Besançon: ce fut grâce à eux que la nouvelle industrie réussit à se maintenir, car la manufacture de l’ État, mal administrée, fut supprimée par un arrêté de Bonaparte, et les biens des directeurs furent vendus (22 frimaire an XI).

Au cours du XIXe siècle, malgré des difficultés assez sérieuses, l’ horlogerie fut en progression constante. La production annuelle était de 59000 montres en 1850 ; 211000 en 1860 ; 300000 en 1866 ; 419000 en 1875 ; 45400 en 1878 ; 635000 en 1900 .Les chiffres ci-dessus se rapportent à la production des montres en métal précieux .Il serait très difficile d’ évaluer l’ importance, à chaque époque, de la fabrication des montres en métal ordinaire et de faire l’ historique de cette fabrication, sans doute tard venue, étant donné le prix relativement peu élevé de l’ argent. Les chiffres donnés plus loin indiquent l’ importance actuelle de diverses catégorie.

L’ étude de l’ horlogerie de Besançon ne doit point nous faire perdre de vues les autres régions jurassiennes ou cette industrie engendra la prospérité. Le plateau de Maiche (entre Doubs et Dessoubre) est une région horlogère fort importante, aussi bien que la vallée de Morteau. L ‘industrie ne s’ y implanta qu’ assez tard, vers 1853. Il n’ y eut tout d’ abord que quelques ateliers. Vers 1888, l’ industrie prit un essor rapide dans la haute montagne, sous l’ influence de la Suisse.

Dans le pays de Montbéliard, Beaucourt posséda une fabrique d’ ébauche de montre vingt ans avant Besançon, en 1767. Elle est du à l’ initiative d’ un artisan, Jacques Japy, dont le nom est a l’ origine de toute la prospérité industrielle du pays de Montbéliard. Jacques Japy avait fait son apprentissage au Locle, en Suisse. L industrie horlogère du Haut-Jura est spécialisée dans la fabrication des pendules et surtout de l’ horloge à poids et à ressort, dite horloge comtoise. Elle naquit vers 1660. Un forgeron de Morbier, ayant eu à réparer l’ horloge du couvent des Capucins (de Saint-Claude), eut l’ idée de construire des horloges semblables. Ce fut là l’ origine de cette branche industrielle  qui compte aujourd’hui encore prés d’ un millier  d’ ouvriers.

La petite horlogerie.- Dans le Jura , pour la montre complète , il existe environ 150 fabricants établis dans les localités suivantes : Besançon , Beaucourt ,Charquemont ,Damprichard , Lac-ou-Villers , Montbéliard , Morteau et sa région . La production comprend des chronographes de poche , compteurs de sport ,montres , bijoux de luxe , montres extra-plates , chronomètres , montres pour automobiles , pour chemin de fer , montres pour aveugles , etc Pour les branche connexes à la petite horlogerie et pour les pièces détachées ,les fabricants sont répartis dans les localités suivantes : Bonnétage , Charmauviller , Chaillexon ,Hérimoncourt , Les Fontenelles , les Gras , Le Russey , Maiche , Les Ecorces , Meslières ,Montécheroux ,Vérières-de-Joux ,Cour-Saint-Maurice.

Les villages de Sancey , Liebvillers , Chamesol , Rougemont , Etupes ,Trévillers , Glére , Vermondans , Pierrefontaine et Villarsd-les-Blamont possèdent également une population horlogère (la Savoie possède environ 2000 ouvriers en petite horlogerie qui travail pour Besançon). Le nombre des fabricants de pièces détachées dans la région du Doubs est de 100. Ces industriels sont tous spécialisés dans une des fabrications suivantes: ébauches de montres et boites de toutes formes et de tous métaux, cadrans, aiguilles, spiraux, pignons, balanciers, etc… la décoration  (ciselure, joaillerie, incrustation, gravure,placage, patine, etc….) se fait à Besançon et à Paris. Le nombre total des montres fabriquées s’ élevait en 1926 à 2 500 000, dont 625 000 en métaux précieux. On évalue à 6000, le nombre des ouvriers et ouvrières.

La grosse horlogerie .- On comprend sous le nom de grosse horlogerie une très grande variété d’ appareils et d’ instruments de toute dimensions. la grosse horlogerie proprement dite est spécialisée dans la fabrication des horloges monumentales; l’ horlogerie moyenne, dans celle des horloges comtoises, des régulateurs, des pendules de toutes sortes, cartels, carillons Westminster, pendulettes de voyage, etc… Le développement des industries de l’ automobile et de l’ aviation, la pratique des sports ont orienté la grosse horlogerie vers la fabrication des compteurs de tours, des compteurs d ‘ électricité, d’ eau, de gaz, des indicateurs de vitesse, etc… Enfin l’ électricité s’ adaptant à l’ horlogerie a donné lieu à des fabrications nouvelles.

Les centres de grosse horlogerie se répartissent ainsi : 1° Morbier , Morez , Perrigny (fabrication de l’ horloge comtoise, de régulateurs et de carillons de cloches); Besançon , Beaucourt , montbéliard , Saint-Maurice , Seloncourt , Vieux-Charmont , Rosereux , Badevel .

Les centres les plus importants sont : Morez , Morbier , Besançon , Beaucourt , montbéliard , Badevel.

Le total des ouvriers employés dans la région jurassienne est de 6000 à 8000, et la production annuelle représente environ les deux tiers de la production française, évaluée, en 1926, à 560 000 000 de francs.

Situation présente de l’ horlogerie jurassienne.- Cette industrie a été jusqu’ ici fort prospère, et la production a suivi jusqu’ en 1926 une ascension fort régulière. L’ horlogerie jurassienne, très touchée par la guerre, s était vigoureusement rétablie, et la production était revenue aux chiffres d’ avant-guerre; mais il semble que l’ industrie a du être très favorisée par la chute du franc. En 1927, la petite horlogerie a subi une crise très grave, dont les effets se poursuivent. Le déficit de la fabrication pour l’ année 1927 a été en effet estimé à 61% de la production moyenne, et le chômage est considérable. Il est probable que beaucoup de petits artisans abandonneront leur métier et que l’ industrie se concentrera de plus en plus à la ville. Des efforts vigoureux sont faits actuellement, afin d’ orienter l’ horlogerie dans la voie des progrès récents. L’école nationale d’ horlogerie et d’ Institut de Chronométrie sont en cours de réorganisation et seront en mesure de former des ingénieurs très spécialisés. D ‘ autre part, de grandes usines fabriquent maintenant la montre en série, en très belle qualité et à bon marché. La crise actuelle doit donc être conjurée rapidement, d’ autant plus que cette industrie travaille presque exclusivement pour la France.

LES INDUSTRIES DE LA TOURNERIE

La tournerie jurassienne est bien originale: elle n’a pas été importée. Avec le temps, elle s’ est appliquée à des fabrications diverses, et nous aurons à étudier successivement: l’ industrie de la tournerie des bois indigènes; l’ industrie de la pipe; la tournerie des matières plastiques.

La première est la plus ancienne. La légende lui donne plus de dix siècles d’ existence: l’ histoire lui en accorde cinq. La seconde, qui dérive de la première, s’ est développée surtout vers le milieu du XIXe siècle. La pipe, en effet, n’ est qu’ un objet de tournerie, dont l’ importance commerciale est devenue, pour Saint-Claude, de premier ordre. Enfin la tournerie des matières plastiques  (os, corne, corrozo) n’ était, jusque vers 1900, qu’une branche spécialisée de la précédente (fabrication du tuyau de pipe et des fume-cigarettes) ,lorsque la découverte d’ un nouveau produit à base de caséine, la galalithe , propre à la fabrication d ‘une quantité de menus objets d ‘usage courant, réussit à lui donner une forte impulsion et l ‘individualisa. La tournerie jurassienne comprend donc actuellement trois variétés industrielles qui ont chacune leur organisation spéciale, leurs commerçants, leurs ouvriers.

La tournerie des bois indigènes.- Saint-claude était déjà célèbre au XVe siècle pour ses images de saints et ses chapelets. Mais peu à peu la tournerie se laïcisa :au XVIIe siècle ,on fabriquait ,outre les chapelets ,des cuillers, des flutes, des trompettes; puis , après l’ apparition du tabac en France , vers 1660 , des tabatières ( qui furent l ‘objet plus tard d ‘une industrie spéciale) ; au XVIIIe siècle ,des bonbonnières ,des corbeilles ,des nécessaires de toilette, des ustensiles de cuisine, des rouets , etc…; à l’ époque de la Révolution , des encriers, des jeux de quilles, des portes-bouteilles, tous étant fabriqués en buis.

La foret de buis de Saint-claude fut bientôt épuisée, et l ‘industrie se retira vers Moirans; la région, en effet, était riche en bois d’ œuvre susceptibles de remplacer éventuellement la racine de buis. C’ est là que le travail se maintint. Cette industrie occupe la région moyenne du jura, dont l’ altitude varie entre 400 et 700m. Le sapin n’ est plus, comme aux altitudes supérieures, l’ essence dominante. Le hêtre, le frêne, l’ érable et le tilleul fournissent de grandes quantités de bois d’ œuvre. On compte environ une centaine de villages qui pratiquent la tournerie, et la localité la plus importante qu’ on y rencontre ( Moirans) n’a pas 2000 habitant.

Les bourgs et villages sont:

Moirans (350 ouvriers), Légna (200), Villard-d’Heria (168) ,Lect (135) , Etival (134) , Arinthod (130), Arbent (125) , Martigna (117) , Montcusel (100) , Dortant (100) , Vaux-les-Saint-Claude (91) , Orgelet (75) ,Charchilla (75) ,Lavans (70) , Molinges (70) , Les Crozets (65) ,Jeurre (65) , Maisod (60) ,Chancia (60) , Saint-germain-de-Joux (50) , Poizat (50) , Neyrolles (50) , Fétigny (35) , Lavans-sur-Valouse (11) , Thoirette (25) , Cernon (35) , Valfin-sur-Valouse (24) , Vescles (18) , Clairvaux (29) ,Vertamboz (10), Soucia (13), Pont-de-Poitte (18), Chaux-des-prés (40), Chateau-des-Prés (20), les Piards (10), Prénovel (12), Grande-Rivière (10), Cousance (14), Siéges (14), Rogna (30), Montaigu (20), Ecrilles (16), Nancuise (20), Sarrogna (30), La Tour-du-Meix (24), Le Bourget (25), Marangea et Nermier (10), Lavancia (19), Ponthoux (12), Grand-Chatel (10), Chatel-de-Joux (11), Coyron (11), Meussia (49), Crénant (30), Chisseria (10), Cesia (10), Menouille (30), Viremont (10), Vogna et Néglia (20), Condes (20), Agea (10), Corveissiat (30), Port (10), Poncin (15), Cerdon (25), Forens (20), Chevillard (12), Granges-sur-Ain (15), Veyziat (20).

Unes trentaines de localités ont moins de 10 ouvriers.Ce sont:

Aromas, Largillay-Marsonnay, Mesnois, Doucier, Charency, Poligny, La Chapelle, Saint-Julien-sur-Suran, Gigny, Monnetay, Louvenne, Choux, Conliège, Nogna, Revigny, Mirebel, Beffia, Montanges, Grand-Corent, Chavannes, Chanay, Saint-Martin-du-Fresne, charix, Montréal, Bayeux-Saint-Jérome, Confort, Chaley, Brénod, Hotonnes, Condamine, Bolozon, Samognat.

Le total donne 3570 ouvriers.

Les objets fabriqués sont des articles de cave, des articles de ménage, de bureau, de fumeur, des manches d’ outils, d’ ustensiles de cuisine, des pliants de jardin , des toupies, des jeux de quilles et, en règle générale, tous les objets en bois tourné.La plupart des villages sont spécialisés dans une ou deux fabrications. La production annuelle est évaluée à 30 000 000 de francs. L’ industrie a joui jusqu’ à présent d’ une calme prospérité. Elle ne craint guère la concurrence de l’ étranger. Les ouvriers sont habiles, et les salaires, quoique fort rémunérateurs, permettent une vente facile des produits.

 

L’ industrie de la pipe

L’ industrie de la pipe prit naissance dans le Jura au XIXe siècle ; elle fut stimulée par la vogue que les armées impériales avaient donnée à cet article de fumeur. A cette époque , les ouvriers de la région de Saint-Claude ne s’ employaient qu’ au tuyau, fait de buis ou de corne, que l’ on adaptait au foyer de porcelaine venu d’ Allemagne.Les tourneurs s’ essayèrent bientôt à la fabrication de la pipe en bois du pays. Le travail était alors absolument familial. Toutefois les articles fabriqués ne valais pas grand chose : les bois d’ ébénisterie employés (noyer, cerisier, poirier, et même le buis) ne résistaient pas à la combustion, et la saveur des pipes était fort désagréable. Un tourneur, revenu de la foire de Beaucaire en 1854, eut l’ idée d’ employer la racine de bruyère pour la fabrication de la pipe. La nouvelle matière, très dure , donna toute satisfaction, et l ‘industrie prit un essor remarquable. Les modifications qui sont intervenues depuis lors dans cette industrie sont toutes du domaine de la mode.
La racine de bruyère, exclusivement employée, vient des pays méditerranéens ( Var,Pyrénées, Algerie, Tunisie, Corse, Sardaigne, Toscane). Elle doit subir une préparation préalable par cuisson, avant d ‘être expédiée à Saint-Claude.La consommation annuelle de l ‘industrie sanclaudienne était, avant-guerre , de 4000 t. et, en 1926, de 6000 t. Comme les racines de bruyère mettent plus d ‘un demi-siècle à se former , la question de la matière première ne manquera pas de se poser à bref délai.
Le grand centre esy Saint-Claude, où l’ on compte environ 150 fabricants et 3000 ouvriers. Une vingtaine de villages du canton de Saint-Claude (qui réunit 26 communes) prennent du travail à domicile et ont aussi quelques ateliers. Ce sont:
Valfin (250 ouvriers), Chevry (30), Saint-Lupicin (50), Leschères (90), Ravilloles (50), Ponthoux (12), Pratz (50), La Rixouse (25), Villard-Saint-Sauveur (41), Vaux (33), Ranchette (10), Molinges (61), Lavans (20), cuttura (27),  Chassal (30), Avignon (15), Villard-sur-Bienne (22), Coiserette (15), Coyrière (20).
 
En dehors de la proximité de Saint-Claude, il faut noter Cousance, Saint-Laurent et Clairvaux qui possèdent quelques ouvriers. En tout, 3670 ouvriers et ouvrières, en nombre a peu près égal. L’ industrie de la pipe subit depuis novembre 1926 une crise très grave. Les Anglais ont fait, au moment de la chute du franc ,des achats considérables, de stocks.
Cette industrie offre ceci de caractéristique que, la vente ayant toujours été très facile, les fabricants se sont à peu près désintéressés du commerce et que les Anglais en ont pris le monopole.
L’Angleterre ne fabrique pas les pipes qu’ elle vend : elle achète les neuf dixièmes de la production de Saint-Claude. Sa marque pourtant fait prime sur le marché. une pipe de premier choix fabriquée à Saint-Claude et valant 25 francs atteint le prix d’ une livre sterling lorsqu’ elle est munie de la marque de Londres.
On a su la présenter avec luxe, flatter le snobisme du client et lui faire admettre que seule la pipe anglaise, c’ est-à-dire portant la marque de Londres, est de première qualité. Par ailleurs,les trusts anglais se chargent eux-mêmes de la vente. Ils savent créer la mode et imposer des modèles L’ industrie sanclaudienne de la pipe se trouve donc gouvernée par le commerce anglo-saxon. les négociants jurassiens ont commis la très grande faute d’ angliciser leur commerce et d’ établir à Londres des ateliers qui leur ont permis de donner la marque anglaise à des pipes fabriquées à Saint-Claude. Ils ont ainsi réalisé de gros bénéfices, mais ils ont discrédité la fabrication française qu ‘il leur appartenait de faire valoir et de représenter.
La fabrication était, jusqu’ en 1926, de 300 000 grosses par an, qui représentaient une valeur de 80 millions de francs; mais les affaires sont difficiles, et l’ on pense que le chiffre de la production annuelle se stabilisera à 200 000 grosses.
L’ industrie de l’ ébonite, qui occupe à Saint-Claude 450 ouvriers, doit être mentionnée au titre d’ une industrie dérivée de l’ industrie de la pipe. Elle est en effet spécialisée dans la fabrication des tuyaux.
Pendant la guerre, elle a assumé la fabrication des fournitures pour l’ aviation et de quelques spécialités pour la pharmacie, mais elle est redevenue, depuis 1919 , une industrie d’ intérêt local.
 
La tournerie des matières plastiques.- Les matières premières employées dans cette spécialité de tournerie sont surtout : l’ os, la corne, le corrozo, la galalithe. Les trois premières étaient à peu près les seules travailllées au tour avant-guerre, et cette industrie était pour une part dépendante de l’ industrie de la pipe (fabrication des tuyaux en corne et des vis en os) et pour une part indépendante  (fabrication  de hochets, d’ anneaux, de bouts de parapluie, d’ isolateurs d’ électricité, etc…..).
 
                                                                      

 

 

A la croisée des chemins

Four à Sancia communes de Chambéria (petite montagne)

Four à Sancia commune de Chambéria (petite montagne) JURA

 

 

 

Vue sur le crêt de Chalam des Molunes

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Artisans et Musées

 

 

Tavaillonneur

Tavaillon (Les « tuiles » du Haut-Jura, mais aussi pour les façades)
DROMARD Robert
sur la Roche
39370 Les BOUCHOUX
tél: 03 84 42 72 37

 

Layetterie

BENOIT-GONIN (réouverture le 4/8/14)
la petite joux
39310 LAJOUX
tél:06 10 80 77 32
Mail: layetterie@benoitgonin.eu

 

Coutellerie

BLOT christophe
7 rue Gambetta
39400 MOREZ
tel:03 84 33 30 06 / 06 71 98 54 95
internet:www.le-morezien.com

 

lapidairerie

DURAFFOURG monique et valérie
La Taillerie
161 route de la chaux mourant
39400 BELLEFONTAINE
tel: 03 84 33 18 33 / 06 15 56 01 78
Mail: contact@lataillerie.com
internet: www.lataillerie.com

 

Expo.vente,musée,démonstration sur RdV uniquement
COURBE-MICHOLET robert
279 route de montépile
39310 SEPTMONCEL
tel: 03 84 45 59 14 / 06 71 41 79 54

 

Musée de la pipe,du diamant et du lapidaire
1 place Jacques Faizant
39200 SAINT CLAUDE
tel: 03 84 45 17 00
Mail: info@musee-pipe-diamant.com
internet:www.musee-pipe-diamant.com

 

Fromagerie

Fromagerie et visite
fromagerie aux 3 AOC (bleu,comté,morbier)
39310 LES MOUSSIERES
tel:03 84 41 60 96
Mail:contact@fomagerie-haut-jura.fr

Fromagerie 1900 /artisanat local
25 grande rue
39310 THOIRIA
tel:03 84 25 85 43 / 06 14 22 68 29
Mail:saveursdalpages@cegetel.net

 

Tanneries

visite musée
Bourrelerie/sellerie
FAVRE fréres
73700 SEEZ-ST-BERNARD
tel:04 79 41 00 48/ 06 62 64 00 48

Maroquinerie/Travail du cuir
Maison du cuir
FREYSSINIER jean claude
9 rue capitaine Chevalier
15400 RIOM ES MONTAGNES
tel:04 71 78 10 38 / 06 88 15 96 69

Bourrelerie
PERILLAT-MONET didier (anciennement à Thones)
280 route de villavit
74450 LE GRAND BORNAND
tel:04 50 32 12 73
mail:contact@bourrelier-hautesavoie.com
internet:www.bourrelier-hautesavoie.com

 

Cloches & Sonnailles

Musée de la vache et des alpages
Val des Usses
83 rue du grand pont
74270 FRANGY
tel: 06 24 48 96 42
internet:www.museedelavacheetdesalpages.fr

Fonderie de cloches
OBERTINO charles
14 rue de mouthe
25160 LABERGEMENT-SAINTE-MARIE
tel: 03 81 69 30 72

jean OBERTINO et FILS
44 rue de la louhière
25500 MORTEAU
tel:03 81 67 04 08
mail:contact@obertino.com
internet: www.obertino.com

Métallerie/ferronnerie
fabrication de sonnailles et boucles
MC chaudronnerie
14 impasse de la scierie
74400 ENTREVERNES
tel: 04 50 05 16 82 / 06 89 83 95 83

Sonnettes DEVOUASSOUD
451 chemin à Battioret
74400 CHAMONIX
tel:04 50 53 04 88
mail:info@sonnettesdevouassoud.com
internet:www.sonnettesdevouassoud.com

 

Collectionneur de cloches

Conseils et Expertise
GRANDJEAN Olivier
Rue des Tilleuls 31
CH-1326 JURIENS
tel: +41 (0) 24 453 14 54 / +41 (0) 79 701 07 94
mail:olivier.grandjean@swissisland.ch

Elevage, cloches et cuir
JACQUIOT Florent
Les granges du Poizat
01130 LE POIZAT
tel: 06 74 66 86 47
internet:www.clochedevache.canablog.com

 

Musée

Ecomusée
Maison Michaud
La combe des Cives
25240 CHAPELLE DES BOIS
tel:03 81 69 27 42
Mail:ecomusee.jura@gmail.fr
internet:www.ecomusee-jura.fr

Musée de la boissellerie
12 rue du petit pont
39220 BOIS D’AMONT
tel: 03 84 60 98 79
Mail:contact@museedelaboissellerie.com
internet:www.museedelaboissellerie.com

musée des maisons comtoises
rue du Musée
25360 NANCRAY
tel: 03 81 55 29 77
Mail:musee@maisons-comtoises.org
internet: www.maisons-comtoises.org

musée de la Taillanderie
DEBRAY Michel
La Doye
25 330 Nans-Sous-Sainte-Anne
tel: 03 81 86 64 18
Mail: lataillanderie@wanadoo.fr

Musée, vente de fromages et produits régionaux
vie et métiers d’ autrefois
la Fruitière
39370 LA PESSE
tel: 03 84 42 70 47
Mail: la-fruitiere@wanadoo.fr

MAISON DE LA FLORE HAUT JURA
3 rue Recrettes
39400 LONGCHAUMOIS
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Paturages

La PÂture

Chaque pâture est, en règle générale, attenante à la ferme; on y entre à partir de l’ étable. Elle est close, le plus souvent, soit par des perches de sapin couchées obliquement sur des pieux fichés en terre et croisés, soit par un mur de pierres sèches.
Le bétail rentre le midi et le soir à l’ étable, sauf à partir d’ Octobre.
Le pâturage se fait, à garde séparée, dans les terrains communaux ou les propriétés particulières. On y admet le mouton et la chèvre.
On célébrait dans les villages à la Saint-Jean, la fête des bergers.
Ils recevaient alors leurs étrennes; la vache la plus abondante en lait portait sur ses cornes une épaisse couronne de fleurs.
Dans la Haute Montagne (au-delà de 1000 m. d’altitude), le pâturage du gros bétail, l’alpage, s’ exerce, pendant trois ou quatre mois, du commencement de juin à la fin septembre. Son inauguration est une
petite fête locale. L’ Armailli ou berger groupe son troupeau, qui reçoit les harmonieuses « campeines ». Bêtes et gens, en un bruyant cortège, atteignent les pâturages. Le troupeau comprend des vaches laitières et des  » élèves » de un à deux ans. Le pâturages divisé en domaines ou montagnes, de 100 à 200Ha, s’ afferme pour plusieurs années. Le fermier loue le bétail et fabrique le fromage dans les chalets. Aux propriétaires des vaches laitières, il paie une somme convenue et perçoit une redevance par tête d’ animaux à l’ élevage. Là haut le bétail passe la nuit à la belle étoile.
Quand l’ herbe a poussé, en juillet, il monte au-dessus de la zone des forets.
La vie du berger est tout entière remplie par la garde du troupeau et la fabrication du fromage. Le matin et le soir, il rassemble les animaux au son de la trompe, au coté, le sac de toile ou de cuir plein de sel et de son, pour affriander les vaches; par derrière, la petite sellette à un seul pied ou « boute-cul », il procède, avec un
aide, à la traite, puis, dans le chalet, à la fabrication du fromage. (le plus souvent du gruyère).
A la Saint-Denis, les chalets se vident et les troupeaux regagnent les étables.

Chalets, Fruitières et Fromageries

Les Fruitières

L’ origine des fruitières est fort ancienne; des chartes du 12ième siècle les mentionnent déjà. Le mot vient-il de « freit » (fromage, en patois fribourgeois), ou du latin « fructus ». Ce qui est certain, c’ est que le terme est employé dans toute la Comté, dans la Savoie et la Bourgogne.
Cette industrie s’ imposa, dans la montagne, comme le principal moyen de tirer parti d’ un sol propre surtout dédié au pâturage.

Les fruitières sont de deux sortes: Les entreprises privées, et les coopératives de production.

Les premières ne se rencontrent que dans la zone de la Haute-Chaine. Dans cette région de population
dispersée, un entrepreneur loue vaches et pâturages,pendant la belle saison, et fait fabriquer le fromage, dans les chalets.
Les fruitières d’ association sont de beaucoup les plus répandues.
Une commission, nommée par les sociétaires, gère leurs intérêts.
Le chalet, où a lieu la fabrication, est généralement propriété sociale ou communale. Il se compose d’une salle de pesée, d’ une chambre à lait, d’une salle de fabrication du fromage et parfois de beurre, d’ une cave et d’ un logement pour le fruitier.
Le lait, apporté matin et soir, parfois le midi, est pesé, le poids inscrit sur un carnet remis au propriétaire et sur un registre restant à la fromagerie.
Avec le système, dit du petit carnet, le fromage, la crème, appartiennent au sociétaire, qui se trouve avoir avancé, jusqu’à ce jour, le plus de lait. Ce sociétaire aide le fromager, et fournit le bois pour la fabrication.
Avec le système, dit du grand carnet (le plus souvent en usage), les fromages appartiennent à l’ association; le produit de leur vente est partagé, déduction faite des frais, au prorata du lait apporté par chacun dans le courant de l’ année.Les risques d’ une malfaçon sont ainsi répartis sur tous les sociétaires.Le tour de crème seul est conservé.

Dans quelques fruitières, la crème est pesée par le fromager, évaluée selon le prix moyen du beurre a cette époque de l’ année, et portée au débit du sociétaire qui, ce jour-là a le « fromage ».
Outre le gruyère (Vachelin au 16eme siècle), la montagne fabrique divers fromages:
Le Morbier_ dans la région de Morez (poids 6 à 8 kg)
Le Septmoncel ou Bleu_sur les plateaux a l’ Est de la Bienne (poids 5 a 10 kg)
Le fromage de crème ou de boite, très connu autrefois dans le jura, sous le nom de fromage du Mont-d’Or, vendu dans des boites en sapin, de forme ronde (2 à4 kg) (zone de la haute-chaine)
Le Chevrotain, ou chevret, petit fromage carré, fait autrefois de lait de chèvre (Les Bouchoux,Septmontcel).
La Tomme (1 à 2 kg)

 

Clichés du Grand Père edités en cartes postales a partir de 1946.

 

Habitation

Fini le temps ou tous, vêtus d’étoffes lourdes et rêches, marchaient pieds nus ou chaussés de sabots, où les souliers de cuir réservés aux jours solennels, aux grands voyages ne se portaient guère sur les routes que pendus au cou de leurs propriétaires; on les chaussait pour traverser les villages de quelque importance, évitant avec soin les cailloux.

La maison a cheminée de bois, sans chambre en haut deviendra à son tour légendaire.
Un certain nombre d’ habitations primitives existent encore ,dites maisons à cheminée de bois, les autres ont été modifiées, transformées. A part la maçonnerie extérieure, tout l’ intérieur est en bois; au début on  n’ y voyait pas une pièce de fer: gonds,serrures, loquets,etc…. tout était de bois.

La pièce principale est la cuisine constituée par une vaste cheminée, en forme de pyramide tronquée, de bonnet carré, se terminant au sommet par une ouverture d’ où s’ échappait la fumée de l’âtre. Au dessus de cette ouverture est disposée une large planche/volet ou manteau mobile qu’ on déplaçait à l’ aide d’une corde pour s’opposer au vent et à la pluie. On faisait le feu au centre de cette pièce en partie dallée.
A coté de de la cuisine (outa) était, comme maintenant, le poêle (lo peylo) chambre de réunion et chambre à coucher des parents.
Les autres membres de la famille couchaient à l’ écurie dans des lits en sapins garnis de paille.
On donnait le nom de béta aux plus anciennes habitations destinées à loger les troupeaux et les bergers, elles sont devenues loges ou chalets.
De bonne heure, les fermes furent construites en pierres. Certaines présentent encore des colonnes de bois engagées dans les murs de maçonnerie.
Les maisons actuelles ont, en moyenne, un siècle de date pour les plus anciennes; la toiture est en tavaillons ou bardeaux, en tuile, en zinc.
Toutes ces maisons ont de larges baies qui font oublier les petites fenêtres d’antan, étroites et basses, garnies d’ abord de papier huilé, puis de carreaux de verre.
Chaque propriétaire donne à sa maison les agrandissements nécessaire pour les besoins de sa famille et du bétail pendant l’hivernage; l’ hiver est si long! L’ intérieur est partagé en plusieurs sections par des murs de refend ou des cloisons de sapin.

Au rez de chaussée , il y a la cuisine , le poêle, la cave, l’écurie.Au dessus il y a le fenil et une ou deux chambres.On rentre directement au fenil par une porte spéciale arquée.
A quelque distance ce la maison se trouvent un four a pain et un puits; celui-ci est alimenté parfois par une source, mais le plus souvent par l’ eau de pluie qui lui arrive de la toiture par des chenaux.
Dans le voisinage de certaines maisons , on rencontre quelques greniers forts dont la construction remonte, parait-il ,à l’ époque ou le pays était sous la domination espagnole.Les maisons, construites en bois,             n’ offraient pas aux habitants un abri sur contre l’ennemi; ils songèrent alors à établir, à proximité, des constructions résistantes pouvant recéler ce qu’ on voulait soustraire à la picorée.
Ces greniers forts ont approximativement 5 mètres de long, 2m50 de large et 2 à3mètres de haut à partir du niveau du sol. Les murs épais n’ offrent qu’ une seule ouverture fermée par trois trois portes
ayant chacune environ 15cm d’épaisseur. L’ intérieur muni d’une cave ou pas.

Outils anciens et Art populaire de montagne

Broyeur a chanvre

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MOUREX (Ain)

Bouille a dos

Lapidaire

lapidairerie

La taille des pierres était pratiquée sur le plateau de Sepmoncel où la pénétration de cette industrie date de 1750 env.
La lapidairerie se répandit petit a petit dans la région avoisinant de Septmoncel; elle gagna les Moussières, la Pesse où il n’y avait encore que 4 lapidaires en 1860,puis les Bouchoux,etc…
Ce nouveau genre de travail a sauvé la haute montagne; il a ralenti et enrayé le dépeuplement du pays.
On travaillait plus de 8 heures par jour, et le soir, à la lueur pale de la vieille lampe a huile, le croésu, suspendu a une crémaillère en bois fixée au plafond.
Les roues de Lapidaires:
Roue de fer : au grès et a l’ émeri pour ébauches
        de cuivre: pour polir
        d’ etain : pour polir
        de plomb à l’ émeri: pour tailler
        de bois d’ aulne : pour ponçer et aviver
        de pierre : pour tailler
        de buffle : pour aviver et polir
        de feutre :        idem
        de drap :          idem
        de peau :         idem
        de bois de saule : pour adoucir
        de cuivre rouge : pour tailler a l ‘émeri
        de cuivre jaune : pour tailler a la poudre
        de fer :              idem
        d’ étain mélangé : pour polir

Tailles des pierres Fines

Toutes la pierre orientale se taille sur une roue de cuivre jaune diamantée (avec poudre de diamant) ou sur une roue de plomb à l’ émeri. Elle se polit sur une roue de cuivre rouge préalablement broutée (hachure). Cette hachure se fait au moyen d’ une lame d’ acier , après quoi on l’ imbibe de tripoli blanc et d’ eau. Quelquefois pour certaines pierres on est obligé d’ avoir recours à l’ acide sulfurique et au tripoli; l’ acide ou l’ eau mêlée au tripoli s’ étale sur la roue au moyen d’ une spatule ou palette en bois blanc.
Les faces supérieures (tables) se polissent de trois manières différentes à savoir: sur le bâton à cimenter, debout; sur le même bâton, étant penchées; à la main, sans bâton, mais garnies de ciment, afin de pouvoir les tenir.
Excepté le diamant, l ‘ émeri use toutes les pierres et les métaux. Les anciens Lapidaires l’ utilisait sur une meule de plomb, car il offre des avantages supérieurs sur toutes espèce de meule, soit en grès ou autres quelles quelles soient, parce que par sa mollesse le plomb s’ unit parfaitement avec cet ingrédient, qui le pénètre facilement et s’ init avec lui.
On se sert, dans certain cas, de la roue de cuivre avec l’ émeri, mais l’ émeri glisse et ne reste pas sur la roue.
Toutes les pierres ordinaires, celles qui ne sont pas orientales, se taillent sur la roue de plomb avec l’ émeri et l’ eau simple, projetée et étalé par le moyen d’ un pinceau fait en soie de sanglier, et l’ on adoucit encore les parties en cabochon sur roue de bois avec de la potée d’ émeri, ou de l’ émeri très fin et de l’ eau, ces pierres se polissent également sur la meule de cuivre.
Les tables et cabochons se ponçent et s’ avivent sur la roue d’ étain, ou sur le bois a la potée d’ étain. Celles ces pierres fines se font sur la roue de cuivre ou d’ étain. Les autres pierres les jaspes, les agathes, les onyx, la sardoine, les cornalines etc… se taillent de la même manière que les autres pierres avec le plomb et se polissent sur cuivre, l’ étain et le bois , et on les avives sur les memes roues; si l’ on y fait des façettes ou des biseaux on doit les polir sur la roue de cuivre.
Les opales , les  turquoises , la malachite etc… se poncent et s’ avive sur le buffle ou sur le drap avec le tripoli, la terre pourri, ou le rouge mouillé.
 
Poudre de diamant :
Pour faire de la poudre de diamant à sec, on le pile dans un mortier en acier fondu dont l’ ouverture est de la grosseur d’ une balle de fusil et la profondeur de cinquante millimètres environ, le pilon est également d’ acier fondu trempé.
Ainsi donc , on met le diamant dans le mortier, et pour le réduire, on se sert d’ un marteau, et lorsqu’ il est bien pilé en ayant soin de faire tourner et de lever le pilon de temps à autre, afin que la poudre retombe dans le cul de poule, le mortier devant avoir cette forme; on rode ensuite la poudre qui est dans ce mortier avec le pilon, en tournant et en appuyant de toutes ses forces afin de rendre bien fine; dès qu’ elle est bien réduite, on la retire soigneusement en la mettant dans un petit vaisseau, ou du papier et on la conserve ainsi pour s’ en servir, soit telle qu’ elle est, soit avec un peu d’ huile ou d’ essence. Lorsque l’ on s’ est servi de la poudre pour le travail, il faut toujours couvrir le vase.
La poudre faite de cette manière, on peut même s’ en servir avec de l’ eau ou du vinaigre, s’ il était nécessaire.
Toute la poudre faite employée par profusion et surtout avec de l’ huile, fait considérablement de boue et empêche de voir le travail, il faut donc autant que possible éviter d’ employer trop d’ huile.
 
Les lapidaires (Historique)
On pense que la taille des pierres précieuses est apparue à Saint-Claude vers 1750. Pourtant dès le XIV e siècle les habitants de Septmoncel taillaient les pierres vraies et fausses pour les bijoutiers et horlogers de Genève.
Une autre thèse indique que l’ industrie lapidaire installée a Genève vers 1290 émigra en partie vers Neuchatel et en partie vers le jura au XVIe.
Au milieu du XVIe de nombreux horlogers catholiques fuient la persécution protestante à Genève et viennent s’ installer à Septmoncel pour tailler les rubis des montres. Un grand voyageur Tavernier avait ramené d’ Orient des bijoux qui furent copiés par les artisans suisses et du pays de Gex.
On raconte aussi qu’ un nommé Joseph Guignard originaire du sentier, parti apprendre le lapidaire dans le pays de Gex revint chez lui et développa le métier dans son pays.
Autre version chère aux jurassiens. Un certain Michaud, habitant les Thoramy au-dessus de la combe du lac de lamoura vers 1735 eut l’ idée de façonner de minuscules pierre dures percées d’ un trou, les contre-pivots, dont se servaient les horlogers. Avec un tour de son invention il façonna finement ces pierres dont les facettes jouant avec la lumière intéressèrent les bijoutiers. La lapidairerie était née …..
A la fin du 18e les tailleries commencent a exporter leurs produit vers Paris grâce a Gauthier-Clerc et Dalloz-Furet. Pierre Hubert Lançon se montre un des meilleurs lapidaires du moment et taille les premiers brillants à 32 façettes.
Les ateliers se développèrent dans le Haut- Jura, les communes voisines de l’ Ain et à Morez jusqu’ en 1813 date à laquelle l’ horlogerie s’ implanta.
En 1825 il y avait 1000 lapidaires dans la région. On commence à tailler les pierres fines.
En 1817 Chevassus-Berche ainé des Molunes commence à tailler les topazes et les améthystes. En 1820 les frères David taillèrent les premiers les rubis et les émeraudes.
De Septmoncel l’ industrie gagna les Moussières.Lajoux.La Pesse où il n’ y avait que 4 lapidaires en 1860.
On a compté jusqu’ à 950 lapidaires à Septmoncel, 350 aux Molunes, 350 à Lajoux, 450 à Lamoura.
En 1874 un lapidaire en faux gagnait 6 francs par jour alors qu’ un bon finetier se faisait de 10 à 3à francs.
Lancon établi à Paris fabriqua un stass de première qualité et fournit les lapidaires de la capitale et du haut-Jura.
En 1845 Cartier lapidaire à la Combe de Mijoux perfectionne le doublé ( association d’ une pierre fine sur un support de strass ou de verre) des artisans suisses.
Vuillermoz lapidaire à Paris et originaire des Moussières perfectionne le simili ( on donne au strass l’ éclat du diamant en garnissant la culasse de la pierre d’ une matière ( analogue au tain des glaces) recouverte de dorure)
Grossiord des Moussières allie par fusion le strass blanc et le strass coloré. J.Michaud des Molunes trouve  « l’ étincelle » en soudant une pointe rouge en verre à la culasse d’ une pierre blanche.
S.Grossiord des molunes est le premier à tailler le rubis « aggloméré ».
Le baton mécanique des lapidaires inventé en 1880 à la pesse est sans cesse amélioré par les artisans Hauts-Jurassiens jusqu’ à celui de S;Mermet-Grandfille de la Pesse.
Tout le plateau de Septmoncel, Les Molunes, Lamoura taille les pierres précieuses et les pierres fausses avant la Révolution. Le travail se fait en famille et complète les revenus de la ferme. Les jurassiens se déplacent à Paris pour écouler leurs produits, font du négoce et réalisent de belles fortunes. A côtés du travaillent a domicile il se crée des ateliers dans les villages. Celui de Lajoux appelé « la grande fabrique » a occupé jusqu’ à 200 ouvriers (contre-pivots de rubis pour montres)
A la fin du 19e la commune de Lamoura comptait 600 lapidaires sur une population de 900 habitants. Avant la guerre de 1914 ils seront 5000 dans toute la région. En reste-t-il une centaine aujourd’ hui ?
Aprés le bâton à 2 pierres, à plusieurs pierres (4, 5) viendront les meules cylindriques en cuivre garnies de poudre de diamant. Le porte-pierres comporte de 70 à 100 pierres à la fois. Chaque facette est positionnée automatiquement.
Emile Dalloz à Saint-Claude inventa un procédé pour tailler 24 et 32 facettes à la fois. Il arriva à fabriquer industriellement des milliers de pierres synthétiques par jour.
Actuellement à Septmoncel (Dalloz) en taille chaque année 12 millions, mais c’ est une goutte d’ eau face à la concurrence étrangère: La Taïlande à elle seule compte 800 000 lapidaires.
Lapidaires en 1938
 Lamoura:  CHEVASSUS, BAVOUX lucien fils
Les Moussières: BARBE Marius, DALLOZ Denis
Saint-Claude: BAVOUX Auguste, GROSSIORD Maurice, MILLET Samuel, PONCET Gaston et fils, REGAD J.Lucien, RICHARD-PERRIN, ROLLANDEZ Antide, VUILLET Frêres et BOULUD, VUILLET-JACQUEMIN, VUILLET-DEVAUX.
Mijoux: BENOIT-GONIN Charles, DURAFFOURG et Co.
Septmoncel: BENOIT-GONIN Simon, ATELIERS COOPERATIFS, DALLOZ Frères, GAUTHIER Lucas, GRUET Henri.
Arbois: BIELHER Ernest, GROSSIORD Eugène.
MOREZ: BUFFARD Félix.
Longchaumois: GRANDPERRET Ulisse.
Chézery: GODET Francisque, GROSFILLEY Ernest.
Belleydoux :GRENARD Joanny , HUMBERT Henri.
Ochiaz: EVRARD Marceau.
La Verne: JEANTET et Co.
Chaumont: PONCET Ulysse et Co.
Chavannes sur Sura: ROBIER Lucas.
Lajoux: DAVID-MISSILIER Frères.
 
Après avoir soigné les animaux et trait, le couple de paysans taillait et polissait pour le compte des ateliers de la ville ou du village ou pour les grossistes qu’ il livraient régulièrement.
L’ homme actionnait sa meule en cuivre de la main gauche par une manivelle située sur la moitié gauche de l’ établi rustique et solide à 4 pieds; de la main droite il présentait sur la meule un porte pierre (bâtonnet appelé évention) et par frottages successifs taillait la pierre facette après facette.Sa femme, en face de lui, polissait les pierres sur meule plus douce en bronze enduite d’ une poudre abrasive : le tripoli.
Saint-Louis ayant approuvé les statuts de la Corporation des compagnons orfèvres, cristalliers ou pierriers ( plus tard appelés lapidaires) est devenu naturellement le patron de cette corporation. C’ est pour cette raison que les patrons lapidaires de Septmoncel offraient le pain béni le jour de la fête patronale (Saint-Louis). Les lapidaires avaient leur propre fête le 1 er dimanche d’ août (Saint-Etienne).
                                                                    
                                                                     LE HAUT-JURA OUBLIE
                                                                         Daniel CHAMBRE           (1998)
 
 
 
 

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